Lorenza Mondada >Page pers.
Simona Pekarek Doehler >Page pers.
(12-2025)
Pour citer cette notice :
Mondada (L.) & Pekarek Doehler (S.), 2025,
« Interaction sociale et grammaire : apports de la linguistique
interactionnelle », in Encyclopédie Grammaticale du Français,
en ligne : encyclogram.fr
DOI: https://nakala.fr/10.34847/nkl.4bfd9q96
1. Introduction.
La présente notice vise à illustrer et développer les apports de la Linguistique Interactionnelle (LI) inspirée par l’Analyse Conversationnelle (AC) à l’étude de la langue française. La LI s’intéresse à la langue en tant que vecteur central de la sociabilité humaine, indissociable de son usage pour communiquer, partager et coordonner les activités humaines. L’objet de la LI est par conséquent “la structure et l’organisation de la langue telle qu’elle est utilisée dans l’interaction sociale” (Couper-Kuhlen & Selting 2018 : 3, notre traduction). Son intérêt porte sur la grammaire en interaction – selon le titre de l’ouvrage fondateur, Grammar in Interaction, édité par Ochs, Schegloff et Thompson (1996) – où la notion de ‘grammaire’ couvre les dimensions morphologiques, syntaxiques, lexicales ainsi que phonétiques/phonologiques et prosodiques de la langue.
Alors que la LI se démarque par un focus sur la langue parlée en interaction et sur l’articulation des caractéristiques de la langue parlée avec l’organisation des actions et tours de parole au sein de l’échange communicatif, ce paradigme de recherche partage un certain nombre de préoccupations caractérisant la linguistique en général et la linguistique fondée sur l’usage en particulier : Pourquoi les langues sont-elles structurées comme elles le sont ? Comment l’existence de ces structures et leur fonctionnement peuvent-ils être expliqués ? Comment émergent-ils et se transforment-ils au travers du temps ? Comment rendre compte des choix linguistiques des locuteurs, notamment en les rapportant aux exigences communicationnelles ? Le trait distinctif de la LI consiste dans le fait qu’elle aborde ces interrogations du point de vue du langage au sein de l’agir social humain, tel qu’il se matérialise in situ dans l’interaction sociale.
Dans le contexte francophone, comme international, le terme de ‘linguistique interactionnelle’ est parfois utilisé lato sensu pour renvoyer à un large éventail d’approches, pas toujours convergentes, s’intéressant à l’oral en interaction. Il est aussi utilisé stricto sensu (comme ici), en désignant alors un paradigme de recherche distinct (Couper-Kuhlen & Selting 2018), ayant ses racines en AC et partageant avec elle son fondement ethnométhodologique (voir section 2 infra). Ce paradigme apparaît dans les années 1990 dans des travaux portant d’abord sur l’anglais mais aussi sur le finlandais et le japonais, puis plus tard sur une série de langues de familles distinctes : parmi les langues européennes, le suédois, l’allemand, l’italien et le français, mais aussi des langues typologiquement très différentes comme l’hébreu, le mandarin, le coréen, etc.
En tant que paradigme spécifique de recherche, la LI s’est profilée comme un courant qu’il convient donc de distinguer d’autres approches de l’interaction, dont certaines sont plus ou moins inspirées par l’AC et d’autres remontent à d’autres fondements épistémologiques. Dans le domaine francophone, l’intérêt pour l’interaction se développe dès les années 80, dans un double contexte. D’une part, en linguistique, diverses approches de l’interaction voient le jour, émanant de différents paradigmes (Véronique & Vion 1995), parmi lesquels la théorie de la politesse (Kerbrat-Orecchioni 1990-1992, 2001), les actes de langage et autres approches pragmatiques (Bange 1992, Kerbrat-Orecchioni 2005), l’analyse du discours, l’ethnographie de la communication (André-Larochebouvy 1984), voire l’ethnologie de la communication qui intègre aussi, et déjà, la gestualité (Cosnier 1984). D’autre part, apparaît à la même époque en sociologie une lignée de travaux engagés dans une réflexion ethnométhodologique (Quéré 1985, 1987). Cette dernière s’intéresse en particulier à l’AC (voir Conein 1986, Quéré et al. 1990/1991), tout en tenant compte de son héritage ethnométhodologique, dans un dialogue critique entre les deux approches (Barthélémy et al. 1999, De Fornel & Léon 2000, Fornel et al. 2001). Ces travaux aboutiront plus tard à la traduction en français de l’œuvre de référence de Garfinkel, Studies in Ethnomethodology (1967/2020). Les travaux sur le français appartenant au paradigme de la LI à proprement parler surgissent à la fin des années 1990, voir au début des années 2000, dans une approche linguistique basée sur les principes méthodologiques de l’AC (De Stefani 2005, 2007, Gülich & Mondada 2001, Mondada 1999, Pekarek Doehler 1999, 2001, Traverso 1996, voir les numéros spéciaux édités par Barthélémy et al. 1999, Bonu 2002, Mondada 1995, Quéré et al. 1990-1991, Traverso 2012).
La LI montre des affinités avec d’autres paradigmes intéressés par la langue parlée en interaction ou plus généralement par la langue comme outil de communication – dont certains des travaux cités plus haut –, reconnaissant l’interaction sociale en tant que le site primaire du développement du langage sur les plans ontogénétique et phylogénétique (Levinson 2006, Tomasello 2003) et que lieu privilégié de l’exercice du langage. La LI partage avec les approches linguistiques basées sur l’usage (par exemple, Bybee 2010 , Hopper & Traugott 2003) l’idée que les structures linguistiques émergent des pratiques langagières, sont formatées et sédimentées à travers des (co)occurrences répétées dans l’usage – avec la particularité, toutefois, que l’usage est compris comme étant typiquement de nature interactive et que les langues sont par conséquent vues comme configurées dans et à travers leur implication dans l’agir social humain. On peut dès lors comprendre les formes linguistiques comme des moyens récurrents et sédimentés d’accomplir des actions sociales au sein de l’interaction (Couper-Kuhlen, 2014 : 624).
Alors que la conception du langage comme indissociable de l’agir social est partagée par plusieurs paradigmes, une attention systématique prêtée aux détails du langage en interaction reste rare dans le domaine de la linguistique. La LI remplit cette lacune en se fondant sur un principe clé : l’étude empirique de la langue se fait sur la base de l’analyse de sa mise en œuvre au sein de l’interaction humaine. De ce principe découle l’impératif méthodologique d’étudier les formes et les fonctions de la langue dans leur articulation avec l’accomplissement situé et contextualisé d’actions et de tours de parole, ainsi que leur coordination mutuelle en temps réel au sein de l’organisation séquentielle, moment par moment, de l’interaction. Le projet épistémologique de la LI consiste en somme à chercher à comprendre la langue en tant que ressource qui à la fois structure l’interaction et émerge au sein de l’interaction. Il s’agit en ce sens d’une approche foncièrement praxéologique : une approche qui se fonde sur l’étude (grec : logos) de l’action humaine (grec : praxis), c’est-à-dire de la manière dont les acteurs sociaux agissent conjointement avec d’autres par le biais de la langue.
Dans ce qui suit, nous exposerons d’abord les fondements théoriques de la LI (section 2). Dans ce contexte, nous présenterons d’une part son ancrage épistémologique en AC, et ses affinités avec les approches fonctionnalistes-discursives (section 2.1). Nous identifierons d’autre part les principaux principes théoriques, basés sur trois propriétés fondamentales du langage en usage : temporalité, émergence et projection, ainsi que multimodalité (section 2.2). Nous aborderons ensuite les principes méthodologiques de la LI, hérités de l’AC, impliquant l’analyse séquentielle (tour par tour) et multimodale (langue, gestes, regard, etc.) de données dites ‘naturelles’ (non-élicitées) sur la base d’enregistrements audio et vidéo et leur transcription détaillée (section 3). Dans le reste de cet article, nous illustrerons l’apport spécifique de la LI à l’étude de la langue française, en organisant notre argument selon deux angles d’attaque, correspondant aux deux points de départ de l’analyse interactionnelle. Ainsi, une première section exemplifiera les analyses qui partent des formes linguistiques, à travers l’étude de trois objets classiques : les propositions relatives, les pseudo-clivées, et les verbes de pensée à complément (section 4). Une seconde section illustrera les analyses qui partent de l’action, en prenant l’exemple de la requête, et montrera comment l’attention portée aux actions peut nous renseigner sur les formes linguistiques, la variation sur ces formes, et les motivations interactionnelles de cette variation (section 5). Nous conclurons par un bref résumé de l’apport de la LI à l’étude du français, et en formulant des desiderata pour la recherche à venir (section 6).
2. Fondements théoriques.
Dans cette section, nous exposerons d’abord l’ancrage de la LI en AC et l’héritage ethnométhodologique de celle-ci tout en identifiant les inspirations venant des approches fonctionnalistes-discursives et celles basées sur l’usage (section 2.1). Nous nous tournerons ensuite vers les principes théoriques de la LI, en discutant les notions de temporalité, de projection et d’émergence, et de multimodalité qui représentent les piliers centraux de cette approche (section 2.2).
2.1. Ancrages épistémologiques.
La LI s’est configurée, à partir des années 1990 (voir notamment Ochs, Schegloff & Thompson 1996) en tant que développement spécifique de l’AC, et sous l’influence de la linguistique fonctionnelle-discursive, de la linguistique basée sur l’usage, ainsi que de l’anthropologie linguistique de l’époque (voir Couper-Kuhlen & Selting 2018, ch. 1, pour un exposé complet). L’approche s’ancre ainsi fortement dans la conceptualisation de l’action issue de l’AC (voir infra) et dans l’appareillage méthodologique qui en découle, tout en partageant les intérêts de certains courants linguistiques de l’époque.
2.1.1. Les racines en analyse conversationnelle
L’AC – un courant de recherche initialement issu de la micro-sociologie, et plus précisément de l’ethnométhodologie (Garfinkel 1967) – se consacre à l’analyse de l’interaction sociale, en considérant la conversation comme la forme prototypique d’interaction. Depuis les années 1970, les travaux en AC ont mis en évidence les principes organisationnels génériques caractérisant l’interaction humaine en face-à-face, dont l’organisation des tours de parole (Sacks, Schegloff & Jefferson 1974), l’organisation séquentielle de l’action (Schegloff 1968, Sacks 1987), les mécanismes de réparation, de recyclage et de correction (Jefferson, Sacks & Schegloff 1977) et l’imbrication entre production langagière et conduites corporelles (p. ex. le regard, Goodwin 1981, ou plus généralement le corps, Heath 1986, Goodwin 2000).
À la croisée de la sociologie, des sciences du langage, et de l’anthropologie de la communication, née dans un moment historique où le rôle de l’action est débattu au sein de ces disciplines, l’AC souligne la primauté de l’action (Garfinkel 1967, Sacks 1984) telle qu’elle est localement accomplie, définie et comprise de façon située par les participants. Par ce fait, l’AC se distingue fortement d’autres approches de l’action qui la définissent par rapport à l’intériorisation de normes et croyances, ou comme étant déterminée par d’autres facteurs, notamment socio-économiques et politiques. L’analyse de l’action dans la perspective de l’AC représente un des points conceptuels fondamentaux de cette approche, issue à l’origine d’un positionnement critique en sociologie, relatif au fonctionnalisme de Parsons (Garfinkel 1967, 2002) et à d’autres approches sociologiques qui épousent de facto une vision déterministe de l’action, notamment par le pouvoir et les structures de l’État, des institutions et du marché (voir la critique par Garfinkel 2019).
Cette primauté de l’action se décline dans l’AC, héritière des positions de Garfinkel et de Sacks, en une approche qui privilégie a) l’action au sein de la dynamique interactionnelle (vs des actes isolés), ce qui permet non seulement d’en dévoiler l’architecture organisationnelle, mais aussi la construction locale, par les interactants, de l’intersubjectivité ; b) l’action telle qu’elle est produite et interprétée par les participants eux-mêmes qui en négocient localement le sens et la portée pragmatique, dans la manière dont ils la formatent, et aussi y réagissent, la réparent, ou la prolongent ; c) l’action en contexte, qui permet d’en reconnaître la dimension fortement indexicale (l’action à la fois reflète le contexte et contribue à le construire), ainsi que l’ancrage dans l’écologie locale de l’échange.
Sur la base de cette approche de l’action et de l’interaction, un certain nombre de chercheurs en AC, mais aussi de linguistes issus des courants fonctionnalistes, discursifs, pragmatiques et inspirés par l’ethnographie de la communication, se sont orientés, dès la deuxième moitié des années 1980, vers l’étude de la langue en usage à travers l’analyse empirique des conduites interactives situées des locuteurs. Ainsi est née la LI, qui conçoit la langue comme étant foncièrement inscrite dans les actions mutuellement orientées des participants et imbriquée dans l’organisation séquentielle de ces actions.
2.1.2. L’influence des approches fonctionnalistes et de l’anthropologie linguistique
Tout en s’ancrant fermement dans l’AC, la LI prolonge certains aspects antérieurs des recherches fonctionnalistes-discursives et de la linguistique basée sur l’usage— dont par exemple les travaux de Halliday (p. ex. 1979) et ceux de ‘première génération’ de Hopper et Thompson (p. ex. 1980). Ces travaux partent du principe que les structures linguistiques – qu’elles soient phonologiques, morphologiques, syntaxiques ou lexicales – sont configurées par les fonctions qu’elles accomplissent dans la parole. Dans les années 1970 à 1990, ces approches avaient pour point commun de s’inscrire en faux contre les modèles formels qui décrivaient la langue en tant que compétence abstraite, écartant les faits de performance et donc les usages langagiers effectifs. Les approches fonctionnalistes et basées sur l’usage ont réorienté l’attention des chercheurs sur les données empiriques. On mentionnera à titre d’exemple l’étude souvent citée de Hopper & Thompson (1980) sur la transitivité – dont la co-autrice Thompson sera plus tard, avec Ochs et Schegloff, l’une des coéditrices du volume fondateur de la LI (Ochs, Schegloff & Thompson 1996).
Bien que les approches fonctionnalistes-discursives et basées sur l’usage aient pris l’usage du langage comme point de départ, leurs travaux empiriques se sont principalement centrés sur des textes écrits, interrogeant par conséquent le produit linguistique plutôt que sa production. Ce n’est qu’avec les développements technologiques permettant des enregistrements audio (puis vidéo) de bonne qualité, dès le début des années 1970, qu’un nouveau terrain s’est ouvert pour l’étude systématique de la langue en usage au sein d’interactions sociales authentiques, et pour la reconnaissance du caractère temporel des structures linguistiques et de leur émergence en temps réel (voir déjà Hopper 1987).
Une seconde inspiration de la LI provient de l’anthropologie linguistique et de l’ethnographie de la communication, qui postule un lien étroit entre langage et vie sociale, et conçoit les pratiques linguistiques comme vecteur de rapports sociaux et comme élément constitutif de la vie sociale. D’abord consacrés à l’exploration des conduites linguistiques en tant que partie intégrante des conduites culturelles (Gumperz & Hymes 1964), certains chercheurs de ce domaine ont commencé à prêter une attention centrale à des pratiques sociales situées contextuellement et se déployant dans le temps (ou dans des rituels, Goffman 1967). Cet intérêt partagé avec l’AC pour les détails de la vie sociale telle quelle se réalise in situ, apparaît dans les études de Ochs et Schieffelin (Ochs & Taylor 1992, Schieffelin & Ochs 1987) sur les processus de socialisation à travers le langage ainsi que dans les travaux de M.H. Goodwin (1990), qui interrogent la manière dont, dans des interactions culturellement et socialement situées, les participants coordonnent leurs conduites verbales et corporelles pour construire du sens, pour établir l’intercompréhension et pour configurer leurs rapports sociaux. Ces travaux anticipent les interrogations centrales de la LI.
2.2. Principes théoriques: la nature temporelle, adaptable et émergente de la langue.
Mais que signifie interroger la langue en interaction ? Cela présuppose en premier lieu d’étudier les faits de langue au sein d’interactions authentiques (voir section 3) en tant que sites privilégiés de la sociabilité humaine. Cela implique ensuite d’intégrer les faits de langue au sein de l’infrastructure organisationnelle de l’interaction telle qu’elle se déploie en temps réel – en évitant de les traiter sur la base d’intuitions normatives ou de patterns formels décontextualisés. Cela revient à étudier le déploiement des ressources linguistiques en tant que partie intégrante de la réalisation en temps réel des tours de parole et des séquences d’actions qu’ils accomplissent, ainsi que leur coordination mutuelle au sein de l’échange communicatif et leur articulation avec d’autres ressources actionnelles, tels les regards, les gestes ou la manipulation d’objets. Cette imbrication du langage dans l’interaction fait que les structures linguistiques (traditionnellement traitées en termes de syntagmes, propositions, phrases) sont revisitées (pour d’autres exemples de problématisation critique de certaines de ces notions voir la Notice « Unités maximales de la syntaxe », comité éditorial 2025) dans une perspective qui les redéfinit en tenant compte de la processualité et la temporalité de leur production, qui prennent forme pas-à-pas de manière contingente par rapport au contexte interactif en constante évolution. Comme le soulignent Clift et al. (2013 : 211-212, notre traduction):
Les participants à l’interaction construisent ou composent leurs tours de parole au sein de positions séquentielles spécifiques, à partir des ressources linguistiques à leur disposition, et de manière à être compris comme accomplissant certaines actions. Par conséquent, les pratiques, patterns et structures linguistiques sont des produits émergents des actions, tours et réactions moment-par-moment.
Cette nature temporelle, adaptable et émergente de faits de langue – qui est le corrélat de leur enracinement dans l’action – converge par ailleurs avec la notion de grammaire émergente proposée par Hopper dès son article princeps de 1987, et dont les travaux récents révèlent un intérêt central prêté à l’interaction (Hopper 2011) .
C’est l’intégration de la temporalité (Auer 2005, Deppermann & Günthner 2015, Maschler et al. 2020, Pekarek Doehler, de Stefani & Horlacher 2015) et de la multimodalité (Mondada 2012a, 2012b, 2014a, 2016, 2018a, 2024e) dans l’analyse linguistique, avec son focus sur la production en temps réel en contexte authentique, qui différencie de manière centrale la LI d’autres approches du langage (voir les travaux réunis dans Pekarek Doehler, Keevallik & Li 2022). Or, la nature plastique et adaptable de la langue est le résultat direct de son utilisation fonctionnelle : elle est exploitée par les locuteurs non seulement pour transmettre les informations, mais aussi pour gérer les principes génériques de l’organisation interactionnelle, tels que l’organisation séquentielle des tours de parole et des actions (voir déjà les travaux précurseurs de Duranti & Ochs 1979, Fox 1987, Ford 1993, Goodwin 1979, Lerner 1991).
Les travaux menés en LI se fondent sur quatre principes de base :
(i) Les formes linguistiques sont produites in situ, au fil même de leur production, et s’organisent donc de manière flexible et contingente par rapport au contexte de leur déploiement.
(ii) Les constituants linguistiques sont dotés d’un pouvoir de projection, permettant au locuteur de laisser entendre la suite de leur trajectoire et à l’interlocuteur de l’anticiper.
(iii) Le langage en usage est étroitement articulé à d’autres ressources – notamment corporelles – mobilisées dans l’(inter)action humaine.
(iv) La confrontation des locuteurs à des besoins interactifs récurrents représente un moteur de phénomènes diachroniques connus sous le nom de grammaticalisation/ pragmaticalisation.
Nous allons développer ces principes un par un dans les sections suivantes, à l’aide d’exemples. Tous les exemples commentés dans cette notice sont transcrits en suivant les conventions de Jefferson (2004) pour la parole et de Mondada (2018) pour le multimodal (voir le point 3.4 ci-dessous, ainsi que les références à la fin de la notice).
(i) L’émergence in situ des trajectoires linguistiques. L’interaction sociale repose sur la coordination des actions mutuelles. Or, la coordination requiert de la part des participants une adaptation minutieuse, moment par moment, de leurs conduites respectives, y inclus leurs conduites verbales. L’adaptabilité in situ des structures linguistiques en usage est liée à leur traitement en temps réel. Ces processus émergents peuvent s’orienter vers l’implémentation de structures conventionnelles (p. ex. phrastiques), mais peuvent également donner lieu à des ‘bricolages’ : Une fois initiées, les trajectoires syntaxiques peuvent être révisées, abandonnées, ou prolongées (ex. 1 infra), voire coconstruites (ex. 2 infra). Ainsi Goodwin (1979) a montré comment un locuteur peut adapter la trajectoire syntaxique de son tour de parole en fonction de son orientation vers de nouveaux interlocuteurs. Les études sur les ‘incréments’ (p. ex. Ford, Fox & Thompson 2002, Schegloff 1996 ; pour le français, voir Horlacher 2007, 2015) ont montré que le prolongement de trajectoires syntaxiques peut être accompli et exploité à des fins interactives diverses, comme la gestion d’un manque de réaction de la part d’un interlocuteur. Ainsi Horlacher (2007, 2015) discute du cas suivant, tiré d’une émission radio (Pascale est l’appelante ; Macha l’animatrice), et de nombreux exemples similaires (l’élément central qui nous intéresse est surlignée en gris ; pour les conventions de transcription, voir à la fin de la notice) :
(1) (Horlacher 2007, ex. 1) (AM2412006)
Le tour de parole de Pascale à la ligne 7, qui fait office de plainte, se termine sur un point de complétude syntaxique, couplé avec une intonation finale (montante). Or, la déclaration, par Pascale, de sa misère, est accueillie par un long silence (9) de la part de l’animatrice. Pascale remédie à l’absence de réaction en prolongeant son tour précédent par l’ajout a posteriori d’un SN: 'h euh la solitude. Comme le souligne Horlacher (2007), cet ajout peut être analysé – rétrospectivement – comme présentant le référent associé au pronom c’ (7) produit par Pascale à la ligne 28. Ainsi, pris ensemble, le tour initial de Pascale (7) et son extension (9) forment une structure disloquée à droite. Toutefois, si l’on considère la trajectoire temporelle de cette structure, on constate qu’elle émerge localement en réponse à des impératifs interactifs, tel que celui d’assurer la progressivité de l’interaction en créant une (seconde) place pertinente pour la réaction de l’interlocuteur (à noter que l’animatrice Macha réagit en fait juste après l’incrément, 11). Or, en effectuant cette expansion locale, ad hoc, de la trajectoire syntaxique, le locuteur s’oriente vers une structure existante dans la langue, en l’occurrence la disloquée à droite.
Ces observations illustrent un fait central : ce que nous pourrions interpréter rétrospectivement comme des unités syntaxiques, tels un certain type de construction (p. ex. une disloquée) ou même une combinatoire propositionnelle (voir section 4 infra), peut en réalité être composé ad hoc, se configurant dans le déroulement en temps réel de l’interaction sociale. Dans le cas de l’exemple cité, c’est d’abord une structure propositionnelle simple (c’est X) qui est produite, mais qui se trouve ensuite a posteriori reformatée en disloquée à droite. Par conséquent, certaines unités de base de l’usage de la langue (et de l’analyse linguistique) peuvent ainsi être comprises comme des accomplissements interactifs situés qui émergent en temps réel.
(ii) La projection. La projection est une propriété fondamentale du langage en usage (Auer 2005), car elle permet au locuteur de laisser entendre et au destinataire d’anticiper la trajectoire syntaxique et actionnelle à venir, par exemple la continuation d’un tour de parole ou son achèvement. Tout comme certaines actions peuvent en projeter d’autres (une question projette une réponse), les structures linguistiques en usage ont une composante projectionnelle (pour le français voir Corminboeuf & Horlacher 2016) qui s’exerce à tous les niveaux de leur organisation (de la phonétique à la morpho-syntaxe). Ainsi, les trajectoires syntaxiques projettent, à des moments précis de leur déroulement, les (types d’)items possibles, voire probables, à venir, rendant leurs suites anticipables par l’interlocuteur. Par exemple, une combinatoire de type [sujet + verbe transitif] anticipe l’occurrence d’un objet et d’une potentielle fin de trajectoire. Cela produit des opportunités d’interventions, de réponses, et de coordination de la part de l’interlocuteur, que le locuteur peut encourager ou limiter : il s’agit là d’un fait central pour comprendre l’imbrication entre langage et interaction.
La projection représente ainsi une propriété des structures linguistiques en usage qui est profondément impliquée dans la gestion des tours de parole : les locuteurs anticipent des fins de tours sur la base de critères syntaxiques (complétude syntaxique), praxéologiques (complétude actionnelle) et prosodiques (intonation montante ou descendante finale) (Sacks, Schegloff & Jefferson 1974). En ce qui concerne les combinatoires propositionnelles, Lerner (1991) a montré, pour l’anglais, comment les interlocuteurs peuvent coconstruire des patterns du type si-alors (du type angl. if-then) en fonction des projections émanant de la partie si- ; il a en outre mis en évidence le fait que de telles co-constructions sont motivées par des fins interactives, telle la manifestation d’un alignement (accord) ou désalignement par rapport à autrui (cf. Mondada 1995, 1999 pour le français). Plus généralement, les phénomènes de chevauchement, de réponse anticipée et de co-construction syntaxique sont attribuables à des anticipations que le locuteur suivant parvient à faire sur la base des projections en cours émanant de la parole du locuteur actuel.
Ainsi par exemple dans la conversation suivante, Caroline raconte à Béa les péripéties rencontrées par son cousin pour faire reconnaître sa double nationalité :
(2) (Mondada 1999) (une95boe)
Caroline annonce que son cousin a depuis peu deux passeports (1-2, ce qui est traité comme une information nouvelle par Béa (3). Caroline ajoute un détail sur la procédure de reconnaissance de la double nationalité (4), en commençant par mais à dix-huit ans ils lui ont dit euh: (4). Elle hésite sur la fin de son tour qui ne correspond pas à un point de complétion syntaxique, en cherchant la suite. Sur cette base, Béa anticipe la suite et complète la construction ouverte par le verbum dicendi (ils lui ont dit) et propose qu’il devait choisir (5) : sa complétion collaborative est aussi bien syntaxique (en proposant la subordonnée qui correspond au verbum dicendi) que pragmatique (le contenu est inféré probablement à partir du connecteur mais). Quelques tours plus tard, une autre subordonnée est anticipée par Béa, qui, sur la base de la projection il avait l’impression qu’il avait: euh dû ouais (14), anticipe le verbe renoncer (16). Le fait qu’elle énonce l’infinitif de manière accélérée montre son orientation vers la continuation du tour de Caroline (15), qu’elle chevauche : la complétion collaborative se fait dans un environnement de compétition pour le tour. Dans les deux cas, Caroline ratifie la complétion collaborative en la répétant (6, 17). Elle continue son récit, mais le chevauchement précoce de Béa ligne 19 montre à nouveau que sur la base des projections en cours celle-ci est en mesure d’anticiper la fin de l’épisode narratif. Ainsi, la projection permet à l’interlocuteur d’anticiper différents éléments, à différents degrés de détail, de la structure syntaxique du tour en train de se faire à son contenu pragmatique et lexical.
La projection affecte aussi l’ordre des mots : ainsi Pekarek Doehler (2021b) a montré que, dans les questions partielles, le placement initial, préverbal (p. ex. comment elle s’appelle ; vs final : elle s’appelle comment) des adverbes ou pronoms interrogatifs favorise l’anticipation de l’action en cours et de la réaction attendue, ce qui entraine un changement de tour de parole en moyenne plus rapide que le placement de ces éléments en position postverbale. En d’autres termes, le potentiel de projection non seulement syntaxique mais aussi actionnel des éléments linguistiques placés en début de tour et/ou de proposition (p. ex., un quand projette une question portant sur un moment dans le temps) promeut une reconnaissance rapide de l’action implémentée par le tour en question et de la réponse attendue, favorisant une alternance rapide entre les tours de parole. Sur la base de ces observations, on peut envisager la possibilité que les mécanismes d’alternance des tours de parole sont parmi les facteurs affectant le placement de ces éléments interrogatifs, touchant ainsi à l’ordre des mots du français parlé (Pekarek Doehler 2021b ; concernant le placement de la forme interrogative dans les questions partielles, voir § 3.2 de la Notice « Mots en qu- », Le Goffic 2024).
(iii) Multimodalité : l’articulation entre langue et autres ressources pour agir. L’imbrication du langage dans l’interaction a pour conséquence une articulation étroite entre les structures linguistiques en usage et les conduites corporelles des interlocuteurs (gestes, regards, postures, mouvements, manipulations d’objets). La co-construction de la progressivité et de l’intersubjectivité de l’interaction, tout comme la coordination des actions mutuelles reposent sur une mise en œuvre simultanée de multiples ressources séquentiellement organisées (Mondada 2014b, 2016, 2018a, 2024e). Le fonctionnement du langage en interaction ne peut par conséquent être entièrement compris si l’on fait abstraction de ces autres ressources auxquelles il est inextricablement associé. Par exemple, De Stefani (2021) montre comment des structures bi-propositionnelles hypothétiques telles que si-alors (par exemple : si vous regardez à droite), produites par des guides lors de visites guidées touristiques, émergent pas à pas au sein de l’échange entre guides et visiteurs et font l’objet d’ajustements – à travers des pauses, des expansions, des reprises/redémarrages – en réponse aux positionnements spatiaux des visiteurs. Stoenica (2020) fait des constats similaires pour les combinatoires propositionnelles comprenant des relatives (voir section 4 infra), et Mondada montre comment la progressivité syntaxique du tour de parole peut être retardée pour permettre un assemblage des postures corporelles pertinentes pour l’action (2014b, 2022).
Dans l’extrait suivant, un groupe de visiteurs est guidé par Luc dans un jardin écologique. Luc n’attire pas uniquement leur attention vers la végétation du jardin mais aussi vers les insectes et autres animaux qui le peuplent.
(3) (Mondada 2018a) (jardivis-argus)
Subitement, Luc produit un impératif (r’gardez) suivi de son objet, qui est toutefois retardé par un allongement du déterminant et une inspiration (le: .hhh). D’ailleurs le nom projeté par le déterminant est non seulement produit plus tard, mais est précédé à nouveau du déterminant (le papillon bleu là:). On peut se demander ce qui a produit cette discontinuité syntaxique dans la progression du tour. La réponse est dans ce qui se passe chez les interlocuteurs durant la production du tour : seule Élise regarde immédiatement ce que Luc est en train de commencer à pointer, juste après le verbe ; les autres se retournent vers l’objet pointé quelques syllabes plus tard. Le formatage du tour de Luc s’oriente vers la temporalité de leurs réponses, et ralentit, en produisant des discontinuités et des auto-réparations, de sorte que les participants regardent progressivement lorsqu’il énonce le nom de l’animal et pivotent/ont pivoté dans la direction indiquée quand il énonce la couleur du papillon et le déictique. Ce n’est qu’à ce moment, une fois assurée l’attention de ses interlocuteurs, que Luc énonce c’est un argus, donnant le nom du papillon. La progression du tour est étroitement liée aux mouvements corporels des participants et à leur temporalité – la temporalité du tour étant ajustée à la temporalité des corps. La prise en compte de la multimodalité permet de comprendre d’une part les ajustements de la parole au contexte, d’autre part les conditions pratiques pour que l’action en cours puisse progresser.
(iv) La confrontation à des besoins interactifs récurrents comme moteur de la grammaticalisation / pragmaticalisation. Le besoin récurrent d’adapter des structures aux contingences locales de l’interaction, voire simplement de gérer l’interaction par le biais du langage, peut à son tour engendrer des restructurations, voire faire émerger de nouvelles structures linguistiques. C’est ainsi que l’interaction a un effet structurant sur la langue. Dans l’état actuel de la recherche, faute de données interactives longitudinales s’étendant sur de longues périodes, nous ne disposons pas de résultats substantiels en LI sur la manière dont l’interaction motive les processus de grammaticalisation ou de pragmaticalisation. Toutefois, l’effet structurant de l’interaction par rapport à la langue a été empiriquement démontré par des approches usage-based du développement du langage par l’enfant (Tomasello 2003) et par la recherche en AC portant sur l’acquisition des langues secondes (Pekarek Doehler 2024) dont les résultats soulignent la nature mutuellement constitutive entre langage humain et agir social (voir Levinson 2006). Dans les études sur la grammaticalisation, l’idée que l’interaction pourrait représenter un moteur (parmi d’autres) du changement linguistique a notamment été avancée par Traugott (2008), sur la base de dialogues écrits de théâtre, et par Detges & Waltereit (2011), sur la base de données variées, y compris dialogales. Ces observations rejoignent l’idée que l’utilisation fonctionnelle du langage, couplée à des effets de fréquence, constitue un moteur central de la grammaticalisation (p. ex. Bybee 2010, Hopper & Traugott 2003).
Prenons un exemple : Dans une optique proprement interactionnelle, Geluykens (1992) et Couper-Kuhlen (2011) ont argumenté, sur la base de données conversationnelles en anglais, que les structures disloquées à gauche (du type : Marie elle sort jamais) pourraient avoir leur origine dans un pattern interactif constitué de trois tours de parole, dans lequel le locuteur A introduit un référent (Marie), le locuteur B le ratifie (p. ex. par un continuateur ou un hochement de tête), suite à quoi le locuteur A produit une prédication à propos de ce référent en reprenant ce dernier par un pronom clitique co-référentiel (elle sort jamais). Voici un exemple en français qui montre comment la locutrice Julie s’appuie sur le schéma constructionnel de la disloquée à gauche (surlignée en gris) afin de maximiser la progressivité de sa contribution au-delà d’une négociation lexicale et/ou référentielle :
(4) (Pekarek Doehler & Stoenica, 2012) (TRIC-L2 Julie_091109)
Aux lignes 1-2, de nombreux phénomènes d’hésitation (répétitions, pauses, allongements syllabiques, coupure de mot) indiquent que Julie rencontre un problème de production. Par l’intonation montante en fin de l’expression l’homme qui a la maison elle soumet cet élément référentiel à la ratification par l’interlocuteur (2 ; try-marking, Sacks & Schegloff 1979). Mam, à la ligne 3, confirme la bonne compréhension de l’expression référentielle, et ce n’est qu’ensuite que Julie (5) reprend le tour par il euh:m cuisine pour toute la::, sans toutefois l’achever. Au moyen du pronom clitique il en position de sujet, Julie présente le tour actuel (5-6) comme une continuation directe de son tour précédent (1-2). Son l’homme qui a la maison il cuisine… implémente ainsi le format d’une disloquée à gauche. Or, la structure disloquée est construite en quelque sorte par deux coups de pinceau (cf. Pekarek Doehler & Stoenica 2012 ; Pekarek Doehler et al. 2015), de manière articulée à l’intervention d’autrui. La disloquée émerge donc d’une contingence interactive locale, à savoir la vérification, par le locuteur, de la reconnaissance d’une expression référentielle auprès de l’interlocuteur avant même de produire une prédication concernant ce référent. En suivant l’argument de Geluykens (1992) et Couper-Kuhlen (2011) cité plus haut, une construction grammaticale sédimentée dans la langue comme la dislocation à gauche aurait pu émerger (entre autres) de telles routines interactives séquentielles liées à l’établissement de l’accessibilité référentielle et donc de l’intercompréhension (voir aussi la Notice « Dislocations », Berrendonner 2021).
2.3. Conclusion intermédiaire: une linguistique de la langue inscrite dans l'interaction.
Cette section a montré un certain nombre de conséquences de l’inscription de la langue dans l’action. Ainsi, l’imbrication de la langue dans l’(inter)action fait que les structures linguistiques – à tous les niveaux de complexité – sont appréhendées dans leur processualité, telles qu’elles se configurent au fil même de leur production, et de manière flexible, contingente au contexte de leur déploiement. En d’autres termes : alors que les locuteurs peuvent par moments implémenter des schémas constructionnels préfabriqués, à d’autres moments on les voit configurer des trajectoires syntaxiques de manière beaucoup plus bricolée, en réponse à des contingences interactionnelles, en s’orientant de manière plus ou moins précise vers les schémas sédimentés dans la langue. Ces éléments mettent au premier plan la nature temporelle, adaptable et localement émergente de l’usage de la langue.
En outre, la temporalité des trajectoires syntaxiques est le garant du mécanisme de la projection : les constituants linguistiques sont dotés d’un pouvoir de projection, permettant au locuteur d’annoncer la suite de trajectoires (syntaxiques, mais parfois aussi actionnelles) et à l’interlocuteur de les anticiper. Cela peut avoir un effet de retour sur les structures de la langue : les besoins interactifs peuvent favoriser certaines configurations linguistiques (p. ex. un certain ordre des mots dans les questions partielles) plutôt que d’autres, dont la récurrence, voir la fréquence, est susceptible d’amener à des routinisations des patterns en usage, et, in fine, à la sédimentation, grammaticalisation ou pragmaticalisation de certaines solutions linguistiques.
Enfin, appréhender les formes et les fonctions du langage en action met en avant l’imbrication inévitable de l’usage de la langue avec d’autres ressources – notamment corporelles – mobilisés dans l’(inter)action humaine.
En conclusion, par certains de ces éléments, l’approche de la LI résonne avec la linguistique basée sur l’usage et notamment les travaux sur la grammaticalisation issues de ce courant (Bybee 2010, Hopper & Traugott 2003) ; elle se différencie toutefois par un intérêt central porté sur le langage au sein de l’agir social humain, tel qu’il se matérialise in situ dans l’interaction sociale. Nous l’avons dit : c’est en particulier l’intégration de la temporalité et de la multimodalité dans l’analyse linguistique, avec son focus sur la production contingente, en temps réel et en contexte authentique, qui différencie la LI d’autres approches du langage.
3. Méthodologie et données.
3.1. Principes de base.
La méthodologie de l’AC – et par extension de la LI – repose sur une série de principes qui dépendent de manière cohérente de la vision interactionniste et praxéologique de la discipline. Il en résulte une attention particulière envers les données langagières observables en contexte, comme étant les plus adéquates pour aborder la question du langage en action et en interaction. Un principe fondamental de l’AC en général consiste à considérer que l’interaction sociale est organisée de manière ‘endogène’, c’est-à-dire qu’elle est structurée par les participants et leurs orientations locales — davantage que par référence à des règles ‘exogènes’ (émanant par exemple de croyances, de la religion, du savoir, de l’idéologie ou du pouvoir). Ce principe, appelé parfois primauté de l’action (voir sections 1 et 5), revient à considérer que c’est à partir de l’action sociale qu’on peut rendre compte de l’ordre du langage, de la société ou de la culture, et non l’inverse. Cette action n’est ni abstraite, ni générale, mais située : l’organisation de l’action en interaction s’ajuste au contexte et tire son efficacité du fait même de son indexicalité, c’est-à-dire de ce qui lui permet au mieux de servir la situation et d’en épouser les contingences. Il découle de cette vision située de l’action une exigence méthodologique consistant à produire des données qui rendent compte de ce qui se passe là où cela se passe, sans interventions du chercheur. Ce focus sur l’action située telle qu’elle est organisée par les participants exclut des techniques d’élicitation, comme l’interview ou l’expérimentation, et impose de documenter l’action où elle se passe, en excluant qu’elle puisse, dans la richesse de ses dimensions contextuelles, être reproduite en laboratoire.
Ce focus sur l’action située a stimulé la production de données visant à documenter des activités dites ‘naturelles’, c’est-à-dire non orchestrées par les chercheurs mais se déroulant dans leur contexte social, même en l’absence d’observateurs. La référence au ‘naturel’ vient d’une part d’un intérêt de Sacks pour les sciences naturelles, mais est aussi à rapporter à la notion d’’attitude naturelle’ chez Schütz (1962) et à la phénoménologie (Lynch 2002). Dans cette dernière perspective, l’attitude naturelle est celle qui permet aux participants à la vie sociale de comprendre ce qui se passe de manière non réfléchie, sans calculs et sans ratiocinations. Cela a aussi été décrit en termes de ‘perspective des membres’ par Garfinkel (1967), le but de l’analyse étant de reproduire la manière dont les participants eux-mêmes voient et comprennent l’interaction à laquelle ils participent.
3.2. Enregistrements audio et vidéo en contextes naturels.
L’intérêt pour les enregistrements d’activités dans leur site d’émergence découle de ces principes : les enregistrements – historiquement d’abord audio, puis vidéo – permettent de documenter les actions en interaction des participants dans leurs détails, qui ne sont pas imaginables dans leur précision et complexité, mais seulement observables en situation (Sacks 1984). C’est pourquoi dès le début les données de l’AC sont a) des enregistrements réalisés par les chercheurs (ou parfois produits par les participants), b) qui documentent des contextes sociaux et institutionnels particuliers. Nous commentons ici ces deux aspects.
Premièrement, l’importance des enregistrements est soulignée très tôt par Sacks (1972, 1984) et Schegloff (1968), qui travaillent sur des enregistrements d’appels téléphoniques. D’autres enregistrements s’y ajoutent rapidement, y compris des vidéos réalisées par Goodwin au début des années 70, avec les premières caméras Portapak de Sony (Goodwin 1993). Si la vidéo s’impose dès les années 2000, elle est déjà utilisée à partir des années 70 par les pionniers du domaine, tels que Goodwin (1981) et Heath (1986). Avec elle, le travail sur les données verbales – incluant la prosodie et la phonétique, la morpho-syntaxe et le lexique – est de plus en plus associé au travail sur la corporéité – incluant non seulement les gestes et le regard, mais le corps tout entier (Goodwin 2017, Heath 2013, Mondada 2014a, 2014b, 2016, 2018a).
Les données audio-vidéo ainsi recueillies suivent – outre l’exigence de la contextualité – des principes étroitement liés à l’organisation de l’interaction : l’intégrité du cadre participatif, incluant tous les interlocuteurs, l’intégralité de la durée temporelle de l’activité, depuis son début (opening, Schegloff 1968) jusqu’à sa fin (closing, Schegloff & Sacks 1973), et la pertinence et richesse de son écologie, incluant l’environnement spatial et matériel où l’action se passe et sur lequel elle prend appui (Broth et al. 2014, Heath et al. 2010, Mondada 2012c). Ces exigences ont des conséquences analytiques immédiates : le fait de n’exclure aucun participant permet de tenir compte à tout moment non seulement du locuteur mais des interlocuteurs à qui il s’adresse et de ceux qui l’écoutent (voire des interlocuteurs non ratifiés). Le fait de couvrir la durée temporelle de l’activité permet de documenter les liens séquentiels entre un tour et le suivant, une action et la suivante, de manière ininterrompue. Le fait de rendre compte de la continuité des actions dans l’espace permet de considérer les détails corporels et matériels indispensables à l’analyse de l’action. La réflexion sur les données interactionnelles, leurs spécificités et leurs exigences particulières, a aussi été développée sur les corpus en français (Relieu et al. 2007, Alidières-Dumonceaud et al. 2012, Mondada 2012c, Traverso 2022, Zouinar et al. 2004).
Deuxièmement, l’importance des enregistrements authentiques est soulignée par l’attention portée aux contextes sociaux documentés et aux phénomènes linguistiques spécifiques qu’ils permettent d’étudier (et qui en retour les caractérisent de manière spécifique). En AC, une distinction classique est faite entre conversation ordinaire et interactions en milieu institutionnel et professionnel (Drew & Heritage 1992). Alors que la conversation est considérée comme fournissant les configurations séquentielles les plus variées, distribuées entre les participants de manière non contrainte, les interactions institutionnelles sont, en revanche, caractérisées par une spécialisation des formats, des actions typiques de certains participants et une distribution parmi eux de droits et d’obligations spécifiques. Ainsi les interrogations au tribunal se distinguent par une distribution normative des actions, où les juges et magistrats posent des questions et les témoins et prévenus y répondent (Atkinson & Drew 1979). Cette distinction peut être diversement appréciée en fonction des questions de recherche. Ainsi une étude comparative sur le turn-taking a choisi de se pencher sur le format de questions dans des interactions quotidiennes dans 10 langues différentes (Enfield et al. 2010) : cela permet de contrôler les environnements séquentiels étudiés à des fins comparatives ; cela ne permet toutefois pas de tirer des conclusions qui porteraient sur d’autres contextes, ni des connaissances sur la distribution spécifique de certains patterns dans des contextes divers.
En ce qui concerne le français, des données variées ont été recueillies dès les années 80, dans le cadre d’approches interactionnelles diversifiées, déjà inspirées en partie à l’époque par les développements de l’AC. Des initiatives originales avaient alors permis de réunir plusieurs linguistes sur un même corpus, afin d’en proposer des lectures croisées (sur une discussion autour de la mode, Cosnier & Kerbrat-Orecchioni 1986, et sur une réunion dans une association de défense des locataires, Bange 1987) — un type d’initiative qui sur le plan international reste rare, tout en étant comparable à celle de Grimshaw (1990). Plus tard, le développement de travaux fortement inspirés par l’AC a stimulé des recueils de données dans des contextes extrêmement diversifiés. > Références
Pour ne donner que quelques exemples, on peut mentionner les conversations quotidiennes (Traverso 1996, 2018, Pekarek Doehler 2001), les interactions durant des réunions professionnelles (Mondada 2012a), des rassemblements politiques (Mondada 2013), les interactions en milieu de santé (Gonzalez-Martinez 2023), les interactions au théâtre (Broth 2011, Lefebvre & Mondada 2023), les interactions en milieu carcéral (Alidières-Dumonceaud et al. 2012), les interactions corps-à-corps de l’aikido (Lefebvre 2024), les interactions à la télévision approchées par le biais du travail de régie (Broth 2008a, 2008b, Camus 2017), les interactions médiatisées par les technologies (Licoppe 2017, Relieu 2006), les interactions inter-spécifiques avec les animaux (Mondémé 2019). Des données similaires recueillies dans différents contextes linguistiques et culturels ont permis des approches comparatives (Traverso 2006 sur le français et l’arabe, Mondada & Sorjonen 2016 sur le français et le finnois).
Un fort intérêt pour les interactions multilingues et acquisitionnelles a aussi marqué les recherches francophones dès les années 90, avec les travaux de Gülich, Dausendschön-Gay & Krafft en Allemagne (Gülich 1986, 1991, Gülich, Dausendschön-Gay & Krafft 1989), de Lüdi & Py (2011) en Suisse, sur le contact des langues ainsi que les travaux sur l’acquisition du français L2 en interaction (Arditty & Vasseur 1999). Plus tard, les interactions multilingues ont été abordées au sein d’une approche séquentielle de l’alternance des langues (Mondada 2007, 2012a), de la traduction (Licoppe & Veyrier 2020, Merlino 2014, Ticca et al. 2022, Traverso 2019b) ainsi que de l’acquisition de la L2 en interaction — dans le cadre de l’approche CA-SLA (AC dans le contexte de la recherche sur l’acquisition des langues secondes : Mondada & Pekarek Doehler 2004, Pekarek Doehler 2004, 2024, Skogmyr Marian & Pekarek Doehler 2022) — qui a motivé une réflexion sur les données interactionnelles pour la recherche acquisitionnelle, aboutissant à une approche longitudinale dans ce domaine (Pekarek Doehler, Wagner & Gonzalez-Martinez 2018 ; voir également Depperman & Pekarek Doehler 2021).
La disponibilité des données pour la communauté scientifique s’est améliorée, en France comme ailleurs, durant les dernières décennies, grâce à l’essor des banques de données de corpus : la banque de données CLAPI (Corpus de Langue Parlée en Interaction) s’est spécialisée dans les corpus d’interaction en français (clapi.ish-lyon.cnrs.fr) proposant environ 70h de corpus interrogeables en 2024, équipée avec des moteurs de recherche partiellement inspirés de l’AC, permettant de rechercher des phénomènes formels positionnés au sein des tours de parole et entre les tours de parole (Bruxelles et al. 2009, Groupe ICOR 2009, 2010) (voir aussi le corpus CIEL, Mondada & Pfänder 2016).
3.3. Transcription.
L’AC a formulé non seulement des exigences relatives à la nature des données à privilégier et à la manière de les capter, mais aussi des exigences relatives à la manière de les traiter et de les transcrire. Celle-ci a fait l’objet d’un développement particulier grâce à Jefferson dont le travail analytique a montré la pertinence du détail dans le formatage de l’action, attirant ainsi l’attention sur la nécessité de transcrire la temporalité de l’interaction (Jefferson 1984, 1985, 1996, 2017). Jefferson (2004) a proposé des conventions qui sont encore aujourd’hui au cœur de la démarche de l’AC, et qui ont fait l’objet d’adaptations nationales en Allemagne (système GAT 2, Selting et al. 2009) et en France (système ICOR, Mondada 2008a). En France, les adaptations du système jeffersonien ont tenu compte d’un certain nombre d’éléments critiques hérités de la syntaxe de l’oral (Blanche-Benveniste & Jeanjean 1987) attirant l’attention sur la dimension normative de l’orthographe du français et les risques présentés par les ajustements et bricolages orthographiques, en réduisant au maximum les adaptations orthographiques – alors que la pratique de Jefferson utilise beaucoup les adaptations « phonétiques » de l’orthographe anglaise (cf. Mondada 2024b).
Les enjeux temporels sont fondamentaux dans les analyses de l’AC (cf. section 2) et cela se manifeste dans les pratiques de transcription, attentives à la progression temporelle moment par moment de la parole, y compris ses hésitations et discontinuités. L’extrait suivant, tiré d’une conversation téléphonique, en fournit un exemple :
(5) (SoAb_07_A_début)
La transcription de cette ouverture de conversation téléphonique commence, conformément aux analyses de Schegloff (1972), par la sonnerie du téléphone, qui fonctionne comme une sollicitation (summons) faisant irruption chez Tom (3), qui y répond. Le fait qu’il décroche le combiné et répond avec allô? (3) manifeste sa disponibilité à continuer l’échange (Schegloff 1968). À l’autre bout du fil, Laurianne répond en initiant une séquence d’identification (5), que Tom corrige (7), après une courte hésitation. Cela est enregistré par le change-of-state token (Heritage 1984) ah de Laurianne (8) qui sur cette base introduit non seulement sa propre identification mais aussi une salutation (8). Tom répond très rapidement à la salutation, montrant ainsi sa reconnaissance de Laurianne (9). Ce positionnement séquentiel de la salutation montre la pertinence de l’identification et de la reconnaissance de l’interlocuteur dans la conversation téléphonique pour la progression de l’interaction, même pour une action apparemment aussi simple que l’échange de salutations. Laurianne énonce ensuite la raison de son appel, qui s’adresse en fait à Armande (10). Le format de son tour commence, après une prise de respiration, avec le pronom personnel allongé je::: qui projette un verbe — probablement explicitant la raison de l’appel ou formulant sa quête de l’interlocutrice visée. Cette projection syntaxique n’est pas réalisée ; à la place, Laurianne entame un nouveau projet syntaxique, un énoncé déclaratif qui fonctionne comme une question, sur l’absence (supposée) d’Armande. En tant qu’observatrices, on comprend que la ligne de téléphone fixe est partagée entre Simon, Tom et Armande (dans une ère qui précède la téléphonie mobile). Cela engendre des inférences qui supposent notamment qu’une personne peut répondre en absence d’une autre, et que les occupants du domicile sont au courant d’un certain nombre de détails concernant les co-occupants. Cela est révélé non seulement par la question de Laurianne mais aussi par la réponse, où Tom entame une information sur Armande (elle e ::st 11), qui projette une suite concernant ses occupations, mais qui est suspendue, pour être remplacée par une déclaration d’ignorance reprenant le même verbe (je n’sais pas où elle est), suivie d’une raison (account) expliquant le non-savoir de Tom (12), laissé inachevé (e ::t °euh: °). Laurianne s’engage alors dans une explication de la raison de son appel (13), avec deux parce que dont un introduit un autre fragment inachevé (j’étai:s euh:m: °m:::° 14). Il est intéressant de voir comment la locutrice navigue dans ces arguments, au sein d’un cadre participatif complexe (s’adresse-t-elle à Tom ? à lui comme partageant les projets d’Armande ? à lui comme intermédiaire pour qu’il rapporte la conversation à Armande, dans une forme de requête d’assistance ?). Le détail de la transcription montre comment les participants organisent la progression de leurs tours de parole, comment ils initient et lancent des projections qu’ils ne complètent pas, et comment ils finissent par établir une compréhension commune de la situation.
Plus récemment l’AC a vu le développement de nouvelles conventions pour la transcription multimodale, consistant à intégrer la transcription de la parole et de la corporéité, en incluant gestes, regards, mouvements de la tête, mimiques faciales, postures corporelles, mouvements du corps, mobilité, manipulations d’artefacts, etc. La transcription multimodale permet de comprendre tout particulièrement la notion de pertinence en AC (Mondada 2024e) : elle vise les détails considérés comme pertinents, parce que traités comme tels par les participants, manifestés par exemple dans leur regard sur l’action de l’autre ou dans leurs réponses. Cela signifie que la transcription n’est jamais mécanique, et qu’elle implique toujours des formes d’analyse : elle n’est pas effectuée sur la base d’une liste a priori de propriétés formelles à transcrire, mais elle est basée sur les orientations des participants. Dans ce sens elle se différencie radicalement des systèmes de codage.
L’extrait suivant fournit une illustration d’une transcription multimodale suivant les conventions de Mondada (2018a voir 2008b, 2010 en français), aujourd’hui internationalement utilisées comme un standard dans le domaine de l’AC et au-delà. La transcription concerne une interaction entière, ayant lieu dans un marché de Noël en Alsace, où un vendeur de spécialités gastronomiques locales (VEN) offre ses produits aux passants depuis son stand donnant sur la rue, interpellant ici trois passants (PA1, PA2 et PA3) :
(6) (Mondada 2022b) (COL_MUNST_6.48_TVL1_rev25)
Trois passants marchent dans la rue, le long du stand du vendeur, constituant un cadre participatif mobile. Une d’entre eux regarde les produits exhibés sur le comptoir et le vendeur voit son regard (1). Cela crée les conditions pour qu’une ouverture de l’interaction soit possible, fondée sur une proximité émergente et une forme de réciprocité de l’attention. Cette transition progressive d’une co-présence à ce qui deviendra une interaction focalisée est effectuée en silence, alors qu’aucun participant ne parle. La transcription par conséquent positionne temporellement plusieurs notations corporelles (la marche, le regard) par rapport à une notation temporelle, exprimée en dixièmes de secondes. Alors que la marche des passants est une action continue qui précède le début de l’extrait (cela est indiqué par le symbole >> en début de ligne), les regards sont positionnés par rapport aux repères temporels, précédés chacun d’un symbole propre (± pour PA1, • pour VEN), ouvrant et balisant un fragment de temps qui sera clos à la ligne 5 lorsque PA1 regarde le vendeur, et à la ligne 6 lorsque VEN regarde ailleurs. Autrement dit, chaque annotation corporelle est délimitée par son début et sa fin, sa durée rapportée à un fragment de temps (comme à la ligne 1) ou à une parole en train de se dire (comme à la ligne 4).
Le vendeur s’engage dans l’ouverture de l’interaction, en s’adressant aux passants (2). Il énonce ensuite une offre (4). Cette action est réalisée verbalement, par un tour de parole qui consiste en un syntagme nominal, nommant le produit offert, suivi par une infinitive, qui projette une action suivante possible, en cas d’acceptation de l’offre, qui est l’ingestion de un p’tit bout d’munster. Même si le tour ne présente aucun verbe, l’action d’offrir est rendue intelligible par un mouvement corporel et matériel, consistant à étendre le plateau sur lequel sont disposés des échantillons de fromage. Ce mouvement est entamé pendant que le vendeur mentionne l’objet : il étend son bras, rendant visible le plateau comme objet offert à la dégustation. Ainsi l’action est réalisée multimodalement, par un tour de parole co-occurrent en partie avec le mouvement du bras et de l’objet. On a donc affaire ici à un format linguistique exprimant l’offre sans verbe, en ne mentionnant, par un SN, que l’objet offert. Cela ne pose aucun problème aux participants, grâce au fait que l’action se situe dans un environnement séquentiel précis et dans une écologie multimodale la rendant intelligible.
La compréhension de cette action est observable d’abord dans le geste de refus de la passante, concomitant avec le verbe final, goûter (4, fig.1A/B). Le geste est lui-même suivi d’une verbalisation du refus (5). Là encore, l’action de refuser est effectuée de façon multimodale, par de la parole et un geste. En outre, à ce moment la passante lève le regard vers le vendeur et lui sourit (5). Le vendeur manifeste sa compréhension du refus en retirant le plateau. Les deux participants regardent ailleurs et l’interaction se termine.
La transcription multimodale de l’extrait permet de rendre compte des temporalités multiples de la parole et des conduites corporelles (Mondada 2018a). Elle permet de décrire le formatage multimodal des actions – c’est-à-dire incluant le format linguistique spécifique sélectionné par les participants ainsi que les ressources corporelles assemblées à cet effet – ainsi que les configurations corporelles et matérielles qui caractérisent, de manière dynamique, chaque moment de la rencontre.
3.4. Conclusion intermédiaire.
La démarche de la LI, fondée sur la méthodologie proposée par l’AC, consiste à assembler, produire, utiliser des corpus documentant la langue orale en interaction dans ses contextes sociaux de production (ce qu’on appelle des « données naturelles » ou plutôt « naturalistes »). Les principes qui guident la fabrication des corpus correspondent aux principes analytiques de l’AC et de la LI : une attention à l’interaction, au cadre de participation n’excluant aucun interlocuteur, à l’activité en cours, à son écologie spécifique, et à sa temporalité propre, incluant le début et la fin de l’activité et son déroulement continu. Ces principes guident aussi bien l’enregistrement audio-vidéo des données que leur transcription multimodale. Ils permettent de documenter et de rendre accessibles les détails de la langue en action qui fondent les analyses.
Dans ce qui suit, nous allons proposer deux types de résultats émanant de l’AC et la LI : d’une part des analyses qui abordent les formes linguistiques en interaction (section 4), d’autre part des analyses qui se focalisent sur la manière dont l’action est formatée multimodalement (section 5). Ce sont deux points de départ complémentaires pour étudier l’interaction, mais aussi pour réfléchir sur le rôle de la langue – ses formes autant que ses fonctions – dans le formatage de l’interaction. Chacune des deux perspectives intègre l’autre ; elle le fait cependant dans le cadre de questions différentes (comment les ressources de la langue prennent sens dans l’action ? comment l’action peut-elle être exprimée par les ressources de la langue ?), qui posent des défis différents, même si les deux reconnaissent que l’interaction fournit les principes organisationnels fondamentaux pour penser l’ordre de la langue, ainsi que ses ajustements et transformations in situ et en action.
4. Contributions de la LI à la syntaxe du français.
Cette section discute la contribution de la LI à l’étude de la manière dont les ressources linguistiques sont utilisées pour structurer l’interaction sociale, avec une attention particulière pour la syntaxe. Elle montre aussi comment l’interaction impacte la structuration des ressources linguistiques elles-mêmes – et cela tant in situ (en usage) qu’à travers le temps.
Les travaux en LI et en AC portant sur des données en langue française ont contribué à revisiter de nombreux domaines de la linguistique du français. Les objets de prédilection des travaux existants vont des particules à la syntaxe complexe, en passant par les processus référentiels. > Références
Les recherches existantes concernent en particulier :
- les pratiques multimodales de référence, et notamment le rapport indexical entre parole et matérialité dans la deixis (Camus & Mondada 2021a, Horlacher & De Stefani 2017, Mondada 2005, 2012b, 2012d, 2014b, 2019 ; Ticca, Traverso & Ursi 2017 ; pour d’autres travaux sur la référence voir également De Stefani 2010, Pekarek Doehler 1999) ;
- les constructions tranditionnellement associées à la gestion de la structure informationnelle du discours (dislocation à gauche, dislocation à droite, topicalisation, nominativus pendens ; De Stefani 2007, De Stefani & Horlacher 2017, Fornel 1998, Horlacher 2015, Pekarek Doehler & Stoenica 2012 ; pour une vue d’ensemble voir Pekarek Doehler, De Stefani & Horlacher 2015 ; les clivées et pseudo-clivées : De Stefani 2008, Müller 2007, Maschler & Pekarek Doehler 2022) ;
- les structures relatives (Stoenica 2020, Stoenica & Pekarek Doehler 2020) ;
- les hypothétiques en si (Horlacher & Pekarek Doehler 2022) ;
- l’ « insubordination » (Pekarek Doehler & Horlacher 2025), contribuant à la critique de notions telles que « subordination » (cf. la Notice Rection, § 2.3) ;
- les choix lexicaux pour nommer et décrire des objets (Mondada 2024a) et leurs conséquences pour penser une sémantique interactionnelle ;
- des constructions comprenant des verbes à complétive grammaticalisées/ pragmaticalisées en marqueurs, notamment dans une approche multimodale (tu sais, je sais, je sais pas, je me suis dit, tu vois : Fiedler 2020, 2022, 2023, 2024, Jacquin 2017, Pekarek Doehler 2019, 2022, Stoenica & Fiedler 2021) (cf. dans une autre perspective la Notice sur les verbes faibles, Blanche-Benveniste & Willems, 2016) ;
- les particules (ben, voilà, oh, oké, du coup : Bruxelles & Traverso 2001, 2006 ; Bruxelles, Jouin, Traverso & Guinamard 2015, De Stefani & Mondada 2021a, Groupe ICOR 2008, De Stefani & Mondada 2021) (cf. dans une autre perspective la Notice sur les particules énonciatives (Dargnat 2024)
Dans ce qui suit, nous montrerons comment une approche interactionnelle peut enrichir, compléter, voir réadapter notre compréhension d’objets classiques de la réflexion linguistique. En nous focalisant en particulier sur la syntaxe, nous discuterons, à titre illustratif, des propositions relatives, entre subordination et insubordination (section 4.1), des structures pseudo-clivées (section 4.2), et de la grammaticalisation de constructions avec verbes de pensée à complément (le cas de je sais pas ; section 4.3).
4.1. Les propositions relatives, entre subordination et insubordination.
Nous l’avons dit plus haut en insistant sur la temporalité émergente du tour de parole : sa production en temps réel peut reposer sur des formes d’organisation incrémentale. Les relations de subordination n’échappent pas à cette organisation. Ainsi, loin d’être le résultat d’une planification syntaxique qui prévoit a priori d’articuler une principale et une subordonnée, les phénomènes classiquement subsumés sous le terme de « subordination » peuvent résulter d’un traitement en temps réel de ce qui se passe dans l’interaction. Dans ce qui suit, nous illustrons de tels cas de « subordonnées ad hoc » avec l’exemple de la proposition relative (voir Stoenica 2020 pour une étude exhaustive).
Les études sur les données empiriques, notamment orales, ont montré que les relatives peuvent avoir des statuts syntaxiques divers. Ces études attestent des cas d’autonomie syntaxique de ce qui formellement se présente comme une relative (la clause relative autonome ; Groupe de Fribourg 2012, l’unité macro-syntaxique autonome : Debaisieux & Deulofeu 2004) – des cas qui résonnent avec des débats plus généraux sur de possibles continua de subordination et sur la notion d’insubordination (Evans 2007, Evans & Watanabe 2016, Matthiessen & Thompson 1988, Pekarek Doehler & Horlacher, 2025). En particulier, le pattern syntaxique qui traditionnellement a été défini comme [proposition principale + relative] se réalise souvent dans l’interaction de manière incrémentale : la relative est ajoutée ex post après que le tour de parole du locuteur a atteint un point de complétude non seulement syntaxique (la fin d’une proposition autonome) mais aussi prosodique et pragmatique (pour l’écrit, Combettes 2011 cite des cas de relatives ajoutées après le point marquant la fin d’une phrase précédente). Dans une étude interactionnelle et multimodale détaillée, Stoenica (2020) a montré un pattern récurrent où le pronom relatif introduit une proposition autonome. L’extrait suivant en offre une illustration (la relative est surlignée en gris) :
(7) (Stoenica & Pekarek Doehler 2021) (Qui est de nouveau un petit peu FNRS_J)
Le tour de Lionel (4) se termine sur un point de complétude syntaxique, prosodique (intonation finale montante) et pragmatique (il accomplit une action, en l’occurrence une demande d’information, reconnaissable en tant que telle). Or, la longue pause qui suit (5) marque une absence de réaction de la part des interlocuteurs. C’est suite à cette absence que Lionel incrémente son tour initial en y ajoutant une relative (6-7) qui se présente, par le pronom introducteur qui, comme une continuation syntaxique de son tour précédent. On notera que le pronom relatif relie deux unités dotées chacune d’une autonomie pragmatique, accomplissant une action en soi (une question ; une réparation par voie de spécification référentielle), et qui sont prosodiquement indépendantes (Table 1) :
Table 1 : courbe de f0 de l’exemple 7 (Stoenica & Pekarek Doehler 2021)
La schématisation de la réalisation prosodique (courbe de f0 stylisée) de l’extrait 7, générée par le script ‘Prosogram’ (Mertens 2014) de Praat, fait clairement ressortir que la première proposition se termine avec une intonation finale montante-descendante sur ‘discours’, marquant le tour comme prosodiquement complet. La relative, quant à elle, débute après une pause par une nouvelle attaque, ce qui renforce l’effet démarcatif entre les deux propositions. Enfin, les deux unités sont démarquées par le fait que chacune porte son propre accent nucléaire (sur la deuxième syllabe de ‘discours’ et sur ‘hein’, respectivement). Or, selon Couper-Kuhlen (1996 : 402), ce type de profil, avec notamment une nouvelle attaque tonale en début de la seconde unité (‘declinational reset’), caractérise deux unités juxtaposées (vs. subordonnées).
Des propriétés similaires s’observent dans des relatives hétéro-incrémentées, c’est-à-dire des cas où la relative est ajoutée par un second locuteur après la fin de la trajectoire syntaxique, prosodique et actionnelle d’un tour produit par un premier locuteur :
(8) (Stoenica & Pekarek Doehler 2021) (Qu’y a dans le frigo [Pauscaf1])
Suite à l’information fournie par Viv, ET1 produit aux lignes 7/8 une relative qui se présente formellement – de par l’occurrence du pronom relatif – comme une continuation syntaxique du tour précédent de Viv. Alors que le changement de locuteur en soi introduit un hiatus entre les deux tours de parole et propositions, celui-ci se trouve renforcé sur le plan prosodique (Table 2) :
Table 2 : courbe de f0 de l’exemple 8 (Stoenica & Pekarek Doehler 2021)
La table 2 montre que le premier tour se termine d’abord avec une descente nette sur la fin de ‘café latté’. Mais le locuteur étend ensuite son tour avec ‘t’sais le truc froid euh’, qui se termine avec une descente sur ‘froid’, restant bas sur ‘euh’. Or c’est à ce moment-là que l’interlocuteur incrémente la phrase ainsi produite par ‘qu’y a dans le frigo…‘ (les ‘xxxx’ à la fin de la fig. 2 sont des segments inaudibles dus à un chevauchement).
En somme, dans ce type de cas, le pronom relatif introduit une proposition autonome, similaire à « la clause relative autonome » (Groupe de Fribourg 2012) ou à « l’unité macrosyntaxique autonome » (Debaisieux & Deulofeu 2004). Or, ce fait entraine une réinterprétation du statut syntaxique du pronom introducteur, qui peut être envisagé comme un connecteur (macro-syntaxique) en non plus un marqueur de subordination. Mais connecteur de quel type, avec quelle fonctionnalité ? C’est justement sur ce plan fonctionnel des relatives autonomes qu’une analyse interactionnelle s’avère particulièrement informative, montrant que ce connecteur fonctionne au niveau praxéologique, reliant deux actions (Stoenica 2020 , Stoenica & Pekarek Doehler 2021 : 3).
C’est ce que montre Stoenica (2020) dans son étude interactionnelle multimodale basée sur ca. 1800 occurrences de relatives dans un corpus de conversations ordinaires. Elle identifie de nombreux cas de relatives ‘standard’, mais constate également que les ‘relatives autonomes’ incrémentées représentent plus que 10% des occurrences recensées. Surtout, elle montre que celles-ci sont produites par les locuteurs en réponse à des contingences interactionnelles précises. Le locuteur peut incrémenter son propre tour avec une relative autonome pour pallier l’absence de réaction de la part de l’interlocuteur (voir l’ex. 7 supra) ou pour répondre à la manifestation par l’interlocuteur d’un problème d’identification référentielle (voir l’ex. 9 infra) ; l’interlocuteur peut à son tour incrémenter un tour d’un locuteur précédent pour vérifier la compréhension de ce tour de parole antérieur (voir ex. 8 supra).
L’exemple qui suit illustre un cas où la relative est ajoutée par David après coup à sa déclaration initiale (l. 01) pour pallier un problème d’identification référentielle manifesté par son interlocuteur Geb (l. 02) ; l’exemple montre par ailleurs l’apport d’une analyse multimodale de structures syntaxiques en usage :
(9) (Stoenica 2020) (‘Que Romain il nous a parlé’ [Pauscaf 18])
L’information fournie par David quant au fait qu’il a regardé le film ‘Safe’ se termine sur un point de complétion syntaxique, prosodique et pragmatique (1). Toutefois, à la ligne 3 David étend son tour, ajoutant une relative (non-standard) qui se présente, au moyen du pronom relatif, comme une continuation syntaxique du tour précédent (post-gap increment, selon Schegloff 2016).
Or, l’ajout de la relative semble être motivée par le fait que, durant la pause qui précède, l’interlocuteur Geb manifeste des problèmes de compréhension (2, fig. 1) : il lève les sourcils, ce qui suggère une activité de réflexion (cf. Chovil 1991), et regarde dans le vide, ce qui indique une recherche cognitive (Goodwin & Goodwin 1986 : 58). La relative ajoutée par David se présente donc comme une réaction au trouble ainsi manifesté par son interlocuteur. Cette observation se trouve corroborée par la nature même de la relative : par celle-ci, David spécifie le référent ‘Safe’ mentionné auparavant, et par ce fait manifeste son interprétation de l’expression faciale de Geb comme indiquant un problème d’identification référentielle. Ainsi, l’ajout après coup d’une structure formellement relative est interactionnellement motivé : cet ajout représente une solution pratique en vue de favoriser l’identification référentielle par l’interlocuteur tout en minimisant la disruption de la réparation et maximisant la progressivité de l’échange, et cela en présentant le segment réparateur ‘formellement’ comme étant syntaxiquement en continuité avec le tour contenant l’objet de la réparation. Malgré ce marquage d’un lien syntaxique, l’autonomie de la relative se traduit dans son indépendance prosodique et pragmatique (elle accomplit une action à part entière).
Ce type d’observations a des implications profondes sur notre compréhension de la grammaire (voir également Stoenica, Pekarek Doehler & Horlacher 2020 : 318). Les relatives incrémentées sont clairement le produit de la spontanéité de l’interaction authentique, au sein de laquelle la gestion de la référence et l’établissement de l’intercompréhension s’effectuent sur le vif, avec toutes les approximations et adaptations qui en découlent, et dont l’un des objectifs centraux est de maintenir l’intersubjectivité entre les participants et d’assurer la progression de l’échange communicatif. Les exemples cités montrent que les locuteurs ne font pas qu’implémenter des structures préexistantes (p. ex. des combinatoires propositionnelles) préfabriquées, mais que celles-ci se matérialisent au travers d’un processus d’adaptation en temps réel aux exigences de l’interaction. En même temps, toutefois, les locuteurs s’orientent dans leurs adaptations vers des schémas existants dans la langue, par exemple des schémas de combinatoires propositionnelles. Les études citées contribuent à la remise en question de la nature subordonnée de ce qui se présente formellement comme une relative ; elles rejoignent ainsi plus généralement la critique de la notion traditionnelle de subordination (voir la Notice « Rection », Berrendonner & Deulofeu 2020).
D’une part, les études citées montrent que, dans les cas de figure cités, le pronom introducteur de la relative perd sa fonction subordonnante et conserve sa fonction anaphorique. Or, le lien anaphorique qu’il établit est de nature praxéologique, reliant deux actions et non pas deux propositions. En d’autres termes, ce qui apparait formellement comme un pronom relatif joue dans les faits le rôle d’un connecteur d’actions et non pas d’un opérateur de subordination (Stoenica 2020, Stoenica & Pekarek Doehler 2021).
D’autre part, les études citées rejoignent les travaux en micro/macro syntaxe sur différents types de ‘subordonnées’ autonomes, par exemple sur les si-indépendantes (Corminboeuf & Jahn 2020) ou les propositions introduites par parce que en français parlé (p. ex., Debaisieux & Deulofeu 2004). Les travaux interactionnistes (p. ex. Pekarek Doehler & Horlacher 2025 sur le continuum d’(in)subordination des structures en si-) montrent que ce qui est abordé dans les grammaires traditionnelles en termes de ‘subordonnées’ autonomes est en fait traité par les locuteurs comme accomplissant des actions précises à part entière, reconnaissables en tant que telles par autrui. Le statut de ces structures tend donc bien vers celui d’une « insubordonnée » (définie comme “l’utilisation conventionnalisée en tant que proposition principale de ce qui, prima facie, apparaît comme une proposition formellement subordonnée” Evans 2007 : 367, notre traduction), ce qui se traduit dans leur autonomie praxéologique en plus de leur indépendance prosodique. Ces observations rejoignent les débats actuels sur l’insubordination (voir les articles dans Beijering et al. 2019, Evans & Watanabe 2016, remontant à Evans 2007) et répondent à l’appel de Beijering et al. (2019 : 7) en faveur de l’adoption d’une approche interactionnelle pour offrir des éléments de réponse à une interrogation centrale : “ Peut-on mieux comprendre le développement de l'insubordination en remplaçant les modèles de syntaxe basés sur le locuteur par des modèles basés sur la dyade (locuteur et destinataire) ?” (Evans & Watanabe 2016b : 5, notre traduction). La principale contribution d’une approche interactionnelle à l’analyse de patterns d’insubordination réside dans le fait qu’elle peut enrichir notre compréhension non seulement de la récurrence de ce type de phénomène (particulièrement fréquent dans l’interaction spontanée) mais aussi et surtout de ses motivations fonctionnelles (voir Lindström et al. 2019 sur le suédois et le finlandais, Maschler 2020 sur l’hébreu, et la discussion dans Pekarek Doehler & Horlacher 2025 sur le français).
4.2. Projection et routinisation des formes 'non standard': l'exemple de la pseudo-clivée.
Le potentiel de projection des structures linguistiques est particulièrement révélé par les constructions dites ‘pseudo-clivées’. La pseudo-clivée a attiré l’attention d’approches émanant d’horizons les plus divers, y compris de la recherche sur le français parlé (voir p. ex. les articles du numéro spécial édité par Kuyumcuyan 2018). Il s’agit d’une construction dite spécificationnelle de type [A c’est B] (p. ex. : ce qui m’intrigue c’est qu’il a écrit à Marie ; ce qui m’intrigue c’est sa lettre) dans laquelle A est sous-spécifié, B spécifie A, et A et B sont reliés par l’élément copule c’est (plus que dans le cas d’un B de type propositionnel).
Les données empiriques tirées d’interactions authentiques dans une variété de langues, y compris le français, attestent d’une grande variation sur la forme de la pseudo-clivée (ce qui est également le cas pour d’autres structures bi-propositionnelles : De Stefani 2008, Fiedler 2023, 2024) – une variation qui dépasse par certains aspects les occurrences attestées dans la littérature antérieure sur le français parlé (p. ex. Apothéloz 2012, Blanche-Benveniste 2010, Roubaud 2000 [voir aussi la Notice « Pseudo-Clivées », Apothéloz & Roubaud 2018)). Les données interactives mettent notamment en évidence les caractéristiques suivantes (Hopper & Thompson 2008 sur l’anglais, Günthner 2011 sur l’allemand, Maschler & Pekarek Doehler 2022 sur l’hébreu et le français, Pekarek Doehler 2011 sur le français) :
• une relative autonomie de la partie A qui peut fonctionner comme un fragment routinisé, syntaxiquement indépendant de ce qui suit – l’élément c’est (que) est alors absent ;
• une étendue souvent large du composant B, comprenant parfois plusieurs propositions non-reliées entre elles.
Sur le plan fonctionnel, il existe un large consensus dans la recherche sur le fait que la structure sert en priorité à marquer l’élément B comme focus (information nouvelle ; p. ex. Lambrecht 2001). Les recherches interactionnistes ont mis en évidence que la partie A, souvent syntaxiquement indépendante, sert d’élément ‘projecteur’ (angl. projecting construction) ; sa fonction consiste à laisser attendre une suite (B), laquelle peut consister en plusieurs unités de construction de tour, voire de propositions. Cette projection d’une suite permet notamment au locuteur qui produit A de maintenir le tour de parole, parfois pour une durée considérable.
La possible indépendance syntaxique entre A et B est illustrée dans l’exemple suivant. Mia se plaint à Ali des contenus de ses études :
(10) (Maschler & Pekarek Doehler 2022, ex. 13) (Pauscaf_2-02, 07:21)
À la ligne 1, Mia produit une forme prototypique du composant A (ce qui me soûle). Or, le composant B n’est pas introduit par c’est que : il n’y a aucune marque d’un lien syntaxique entre A et B (B consiste ici en une structure dans laquelle le SN complexe tout ce qu’on fait (.) pour euh ce master est disloqué à gauche). Toutefois, le tout correspond sur les plans sémantique et informationnel à une pseudo-clivée canonique : A est sous-spécifié et B spécifie A ; B est marqué comme focus. A et B ne sont donc pas reliés par un lien de dépendance syntaxique mais bien pragmatique.
Dans une étude comparative entre hébreu et français, Maschler & Pekarek Doehler (2022) ont analysé pour le français les 55 occurrences de la pseudo-clivée en ce qu- trouvés dans 13.5 h d’enregistrements de conversations ordinaires. Or, 35% des pseudo-clivées contenant une structure de type SV(O) en B montrent l’absence totale ou partielle d’éléments reliant syntaxiquement A et B : dans 27.5% des cas, la copule (c’est) ainsi que le que introduisant habituellement la complétive sont absents ; dans 7.5% des cas le que est absent (par contre, les structures avec un B nominal se présentent typiquement sous la forme canonique, comprenant le c’est). Or, cette configuration en [A-B] sans copule, par ailleurs aussi documentée en hébreu, a été largement ignorée pour ce qui concerne la langue française. Kuyumcuyan (2018 : 96) note même : « L’identité de la [pseudo-clivée] pourrait bien résider en définitive dans la présence centrale de c’est dans la structure, car à gauche et à droite on observe une certaine variété de constituants. » . Clairement, cette affirmation se trouve contredite par les données empiriques tirées d’interactions conversationnelles.
Sur le plan fonctionnel, il est intéressant d’observer que le fragment A, sans lien syntaxique avec B, peut être suivi d’un B multi-unités (voir aussi Pekarek Doehler 2011a, ex. 20, p. 134). Dans l’exemple 11 Nathan parle à Pat d’un entretien qu’il a eu avec un médecin au sujet des dons d’organe. Nathan introduit par et pis pour lui ce qui pose encore problème (l. 05) un long récit des problèmes que le médecin perçoit dans le contexte du sujet discuté.
(11) (Pauscaf_23_le don du vivant)
Le composant A (5) introduit un composant B, mais, ici encore, il n’y a aucun lien syntaxique entre les deux composants. Par contre, ils sont pragmatiquement interconnectés : A projette une suite qui est ensuite réalisée par un B multi-unités.
On notera que la projection de A est particulièrement forte. Cela se manifeste de deux manières.
D’une part le composant A est suivi d’une longue pause sans que l’interlocuteur ne reprenne la parole (1.2 s, alors que la plupart des changements de tours de parole sont produits dans un lapse entre 0 ms et 200 ms ; Enfield et al. 2010). A crée donc l’attente d’une suite à venir, ce qui bloque la prise de tour par l’interlocuteur. Cette occurrence d’une pause plus ou moins longue suivant A montre que la composante A sert non seulement à projeter une spécification à suivre, mais peut également servir de moyen pour garder le tour de parole.
D’autre part, ce n’est qu’à la ligne 25 que Nathan produit ce qui est reconnaissable comme la spécification de A, à savoir : surtout l’aspect financier chez eux qui pose un problème (25). En effet, la structure spécificationnelle A-B ne peut être reconstruite ici comme comprenant les lignes 5 à 6 seules (ou 5 à 7, 8, etc.), car il me dit >le don du vivant pour lui c'est-c'est le consentement éclairé ne spécifie pas ce qui pose problème pour le médecin. Cela est d’autant plus évident que, dans la suite immédiate, Nathan affirme ça n’a jamais posé de problèmes (7, voir aussi 22/23). En effet, le problème est annoncé dans le composant A, mais ensuite le locuteur se met à d’abord rapporter ce qui ne pose justement pas de problème. Ceci souligne encore la force de projection de A : Le fait même que A projette l’attente d’une spécification permet au locuteur d’insérer du matériel de parole lequel, sans être spécifiant, n’est pas compris comme aléatoire, mais comme préliminaire à la spécification de A (Pekarek Doehler 2011a). Or, ce matériel, dans le cas présent, s’étend sur de multiples propositions. Ce n’est en effet qu’en 25, après une séquence latérale (17-21), que Nathan s’achemine vers la spécification de A: surtout l’aspect financier chez eux qui pose un problème.
On notera que l’interlocuteur Pat le traite comme point final de l’action de spécification annoncée par A : ce n’est qu’à la ligne 27 qu’il reprend la parole, alors que tout au cours de ce qui précède il ne faisait que soutenir l’élaboration de Nathan par des continuateurs (10, 15) et des signes d’alignement (20). Ce fait témoigne de l’importance proprement interactionnelle de la structure A-B, et notamment de la projection émanant de A : celle-ci permet à l’interlocuteur d’interpréter un tour de parole complexe, et d’anticiper son point de complétude. Enfin, cette structuration pragmatique de la séquence est corroborée par sa réalisation prosodique : ce n’est qu’à la ligne 25 que le tour de Nathan (mis à part la séquence latérale 17-21) se termine par une intonation finale.
Le potentiel projectif des parties A des pseudo-clivées est aussi manifesté par la manière dont elles sont utilisées et (re)configurées en rapport avec l’action corporelle du locuteur et des participants. Ainsi Mondada (2022a) montre que les attentes suscitées par la composante A peuvent être exploitées pour coordonner l’action corporelle des co-participants. Cela est d’autant plus le cas que cette composante initiale contient souvent une évaluation, notamment positive (comme dans c’que: j- moi j’adore/), qui non seulement crée l’attente d’une information permettant de saturer la référence du démonstratif c’, mais contribue à former un foyer d’attention conjointe sur un référent, qui sera commenté dans la composante B de la pseudo-clivée. En outre, cette composante initiale, tout comme les éléments incrémentalement assemblés de la composante B, peuvent progresser en rapport à une réponse des autres participants, opérant des ralentissements, grâce à l’ordonnancement de la syntaxe, lorsque les interlocuteurs ne sont pas encore totalement alignés avec l’action proposée à travers la pseudo-clivée (par exemple lorsqu’ils sont en mouvement et n’ont pas encore atteint le point où s’engager dans l’action proposée). Cette observation montre plus généralement que le potentiel projectif des constructions syntaxiques émergentes peut être utilisé à des fins pratiques très différentes, selon le contexte interactionnel.
En somme, les exemples cités dans cette section illustrent combien interroger une structure telle que la pseudo-clivée dans les données interactives authentiques peut enrichir notre compréhension tant de sa composition syntaxique que de son fonctionnement pragmatique. Sur le plan de la forme, l’analyse quantitative présentée par Maschler & Pekarek Doehler (2022) révèle que les structures de type [ce qu-… c’est + SN/Sinf] sont hautement conventionnalisées, alors que les structures de type [ce qu- … c’est + SV(O)] montrent une importante variation en ce qui concerne la présence ou l’absence d’un marquage morpho-syntaxique du lien entre A et B. L’analyse de Mondada (2022a) montre à son tour que la pseudo-clivée peut être produite de manière incrémentale, et que la progression de la trajectoire de la pseudo-clivée peut s’ajuster par rapport aux conduites (corporelles) des interlocuteurs.
Certes, on pourrait argumenter que le schéma [A-B] ne constitue pas une pseudo-clivée stricto sensu. Mais le pattern sémantico-pragmatique de la pseudo-clivée est bien en jeu ici. On serait même tenté d’aller jusqu’à dire qu’il n’existe aucune motivation fonctionnelle qui justifierait de considérer ce type de variété ’incomplète’ comme une déviance par rapport à la structure canonique, car la première est tout autant capable d’accomplir la fonction spécificationnelle que la seconde (Maschler & Pekarek Doehler 2022 : 3). Cet argument peut se trouver corroboré par le fait, démontré pour l’anglais, que les structures sans copule sont plus fréquentes dans les stades antérieurs du développement historique de la langue ; ce n’est qu’avec l’essor des structures canoniques que les cas sans lien syntaxique entre A et B ont commencé à être perçus comme non-standard par comparaison (Koops & Hilpert 2009). Pour le dire avec Hopper : « la grammaire est un épiphénomène de combinatoires fréquentes de constructions » (Hopper 2004 : 239, notre traduction). Ce que nous appelons grammaire peut être compris comme une sédimentation, plus ou moins conventionnalisée, de routines discursives, et, plus précisément, interactives (voir la Notice sur les « Concessives à auxiliaire modal », Béguelin 2022, structures qui posent des problèmes analogues).
4.3. Interaction, projection et pragmaticalisation: l'exemple de je ne sais pas.
Dans cette section, nous poursuivons la démonstration de la manière dont une forme linguistique donnée peut répondre à l’une des exigences-clés de l’organisation interactionnelle et de la coordination mutuelle des actions : la projection. Sur cette base, elle peut notamment fonctionner comme un marqueur d’organisation interactionnelle spécialisé dans la projection. Rappelons que la projection permet une anticipation de ce qui va suivre ; à ce titre, elle représente l’un des principes fondamentaux assurant un déroulement cohérent, sans grandes ruptures, de l’échange communicatif. Nous montrerons dans ce qui suit la contribution que peut offrir l’analyse des structures projectives à un thème classique des études linguistiques, à savoir la grammaticalisation de constructions – voire plus précisément leur pragmaticalisation –, en prenant comme exemple les verbes de pensée/perception (tu vois, je sais, je sais pas, etc.) devenant des marqueurs discursifs (voir p. ex. Bolly 2012 sur tu vois ; Dostie 2004 sur tu sais ; pour des études interactionnistes voir Fiedler 2020 sur tu sais et Stoenica & Fiedler 2021 sur tu vois). Le cas qui nous intéresse est je sais pas dans cette forme grammaticale précise à la première personne du singulier à l’indicatif présent, mais aussi sous des formes morpho-phonétiquement réduites (chais pas).
La littérature a montré que, dans plusieurs langues, des constructions correspondantes se sont grammaticalisées (ou plutôt pragmaticalisées) en marqueurs discursifs (voir p. ex. l’étude classique de Thompson & Mulac 1991), fonctionnant typiquement comme des marqueurs épistémiques. Des études récentes en LI révèlent que ce type d’expression est doté d’un grand éventail de fonctions interactives (voir les articles dans Lindström et al. 2016, voir aussi Jacquin 2017 sur je sais). Les travaux portant sur les conversations ordinaires en français montrent que je sais pas dans son utilisation de marqueur (typiquement réduit à chais pas), ne se limite pas à fonctionner comme un modalisateur mais est au service de fonctions interactionnelles diverses (souvent sous la forme de réalisations multimodales précises, Mondada 2011, Pekarek Doehler 2019), dont notamment celle de projeter une réaction dispréférée , c’est-à-dire une réaction qui ne s’aligne pas avec l’action initiatrice précédente de l’interlocuteur. Pour les conversations ordinaires en français, Pekarek Doehler (2022) montre que cette utilisation contraste systématiquement, dans sa réalisation multimodale, avec l’utilisation de je sais pas au sens littéral en tant que déclaration de non-savoir en réponse à une question. Ainsi l’utilisation comme préface à une réaction dispréférée est typiquement couplée au détournement du regard du répondant par rapport au premier locuteur, alors que celle de déclaration de non-savoir est typiquement accompagnée par un maintien du regard sur l’interlocuteur. La nature systématique de la réalisation multimodale de la première fonction se trouve par ailleurs corroborée par une étude portant sur les données conversationnelles tirées de cinq langues distinctes (tchèque, estonien, français, hébreu, mandarin), qui montre de fortes convergences dans ce type d’utilisation entre les langues (Pekarek Doehler et al. 2021).
L’exemple 12 illustre cette utilisation de je sais pas en tant que préface à une réaction dispréférée. Pendant que Pat et Marie sont en train de remplir les formulaires de consentement pour être enregistrés, Marie taquine Pat en disant qu’il n’est pas très rapide (1). Pat demande alors pourquoi elle affirme cela (7), puis relance sa question (13). Alors que Pat projette une réponse, Marie n’en produit pas mais réagit en réitérant simplement son observation initiale que Pat écrit lentement. Ce faisant, elle produit une réaction dispréférée :
(12) (Pekarek Doehler 2022, ex. 12) (Pauscaf_13_cam3_l. 68_ 0:01:05.5 t’écris lentement)
La réaction de Marie (15) montre les traits typiques d’une réaction dispréférée : elle est retardée (voir la pause 14), puis préfacée par ben et chais pas, les deux servant conjointement à projeter que la suite du tour va se désaligner par rapport aux contraintes et aux présupposés véhiculés par la question précédente (voir Bruxelles & Traverso 2002 sur le fonctionnement interactif de ben). La nature dispréférée de la réaction est également indexée par le fait que Marie a son regard détourné de Pat durant la production de ben chais pas, ce qui rejoint les observations de Kendrick & Holler (2017) sur la récurrence, dans un contexte différent (en réponse à des questions totales), du détournement du regard durant les réactions dispréférées. Chais pas ne fonctionne donc pas simplement comme aveu d’ignorance, mais il accomplit une fonction liée à l’organisation séquentielle des actions (ici, conjointement avec ben) : il projette que ce qui suit dans le tour de parole ne va pas s’aligner avec la question qui précède. Or, la récurrence de cette utilisation, tout comme sa convergence fonctionnelle à travers plusieurs langues de familles bien distinctes (Pekarek Doehler et al. 2021), corrobore la conception proposée par Auer selon laquelle la grammaire (ou du moins certaines facettes de la grammaire) représente un inventaire conventionnalisé de moyens au service de la projection (Auer 2009 : 180). Ces observations rejoignent également ce que nous avons avancé plus haut sur le fonctionnement du constituant A syntaxiquement autonome de la pseudo-clivée fonctionnant comme un élément de projection. En tant que caractéristique fondamentale de l’interaction humaine, la projection laisse ses empreintes sur la structure de la langue comme ressource pour interagir.
4.4. Conclusion intermédiaire.
Dans cette section, nous avons cherché à montrer les apports d’une analyse prenant au sérieux la dimension interactionnelle de la langue pour une compréhension de la grammaire du français. Nous limitant à exemplifier l’apport de la LI à propos de trois objets classiques de l’investigation linguistique (la relative, la pseudo-clivée, une construction avec verbe de pensée à complétive), nous avons illustré la manière dont l’approche interactionnelle complète, voire retravaille les présupposés, les analyses et les résultats obtenus par les approches classiques, plus monologales – et cela dans divers domaines allant de l’étude de marqueurs discursifs aux phénomènes de grammaticalisation ou de pragmaticalisation, en passant par des constructions complexes classiquement associées à la structuration de l’information. Nous avons ainsi mis en relief la manière dont une analyse qui appréhende les objets linguistiques dans l’organisation séquentielle de l’interaction peut nous informer sur l’aspect formel des ressources linguistiques en usage et sur les fonctions de celles-ci.
La présente section a également illustré l’importance de la multimodalité et de sa place dans l’analyse de la grammaire. Non seulement les trajectoires syntaxiques peuvent s’aligner, voire s’ajuster – par des pauses, des hésitations, des répétitions, voire des réorientations – aux conduites multimodales d’autrui, mais les utilisations fonctionnelles de ressources linguistiques peuvent aussi être systématiquement associées à certaines conduites corporelles (comme le regard dans le cas de je sais pas), et ces ‘paquets multimodaux’ peuvent différencier les fonctions et les statuts grammaticaux d’une même forme. Enfin, l’articulation de patterns syntaxiques, telle une combinatoire propositionnelle comprenant une relative, peut émerger in situ en fonction des conduites d’autrui, qu’elles soient verbales ou corporelles. La conclusion que nous pouvons tirer de ces observations est que la compréhension des formes linguistiques en usage dans l’interaction requiert de situer ces formes dans l’écologie multimodale complexe qui caractérise l’interaction sociale.
5. Contributions de la LI à l'analyse du formatage linguistique de l'action.
Comme nous l’avons déjà mentionné, la démarche d’analyse de la LI peut se développer de différentes manières et à partir de différents points de départ. Si l’AC a émergé en sociologie avec un intérêt pour la primauté de l’action (Garfinkel 1967, Sacks 1984), telle qu’elle est définie et comprise de façon située par les participants — par opposition à d’autres approches de l’action la définissant par rapport à l’intériorisation de normes et de croyances, ou comme étant déterminée par d’autres dimensions, socio-économiques et politiques (voir section 2 supra) — , elle s’est aussi imposée, notamment en LI, comme offrant une perspective pragmatique, voire praxéologique, originale sur le langage en général et sur l’usage de la grammaire en particulier. Cela motive l’organisation bipartite de la présentation des résultats d’analyse de cette notice, abordant la forme (section 4) et l’action (section 5) comme deux points de départ complémentaires pour étudier l’interaction, mais aussi pour réfléchir au rôle de la langue dans le formatage de l’interaction.
Cette section discute d’abord de l’approche de l’action en AC et ses spécificités (section 5.1) ; elle se penche ensuite sur un type d’action particulier, la requête (5.2). Celle-ci présente l’intérêt d’avoir fait l’objet d’une ample littérature, portant sur des langues variées en pointant vers des enjeux multiples pour l’analyse (5.2.1), permettant ainsi d’aborder des facettes linguistiques (et plus généralement multimodales) variées, relatives à la séquentialité et au caractère normatif et épistémique de l’interaction, qui seront illustrées dans une série de données empiriques très diverses, fournissant ainsi une variété d’exemples de formats linguistiques situés (5.2.2).
5.1. Aborder l'action dans la perspective de l'AC et de la LI.
L’AC est fermement ancrée dans une vision ethnométhodologique de l’action (cf. section 2) : contrairement à des approches selon lesquelles l’action est déterminée par les structures macrosociales (l’état, les institutions, le marché), elle développe un intérêt pour l’action telle qu’elle est produite et interprétée localement, en contexte et en interaction. En cela l’AC se différencie en particulier de la théorie des actes de langage (Austin 1962, Searle 1969) : celle-ci a eu le mérite d’introduire la notion de performativité (Austin 1962) et de se demander dans quelles conditions l’usage du langage ne se limite pas uniquement à décrire le monde, mais permet de changer le monde. Cela a donné lieu à une typologie d’actes de langage (alors que l’AC parle d’actions localement accomplies), qui selon Searle (1969) se différencient sur deux axes fondamentaux, selon que le monde s’ajuste à l’acte ou que l’acte s’ajuste au monde (ce qui permet d’intégrer les actes constatifs, appartenant à la deuxième catégorie, dans le modèle). La théorie des actes de langage reconnaît leur efficacité sociale, lorsque les conditions de félicité le permettent (Austin 1962), mais place aussi (surtout chez Searle 1969) l’intentionnalité du locuteur au cœur de l’établissement de leur valeur illocutoire. Cette conception contraste fortement avec l’approche de l’AC (Streeck 1980, Drew & Couper-Kuhlen 2014). Celle-ci oppose à une étude des actes individuels et isolés, une étude des actions en interaction, où la réponse de l’interlocuteur à une action donnée est fondamentale pour définir cette action (voir Streeck 1980 pour une démonstration). C’est en effet en cette position séquentielle – la seconde position – que l’interlocuteur manifeste ce qu’il a compris de l’action, permettant en retour au locuteur initial – en troisième position – de réparer cette compréhension si nécessaire. Cela permet de définir la valeur de l’action comme un accomplissement intersubjectif, plutôt que comme dépendant de l’intention individuelle.
Cette dimension séquentielle est particulièrement explicite dans la question why that now? (en français : pourquoi cela maintenant ?) qui caractérise à tout moment l’orientation des participants par rapport à ce qui se passe (Schegloff & Sacks 1973). Elle passe inaperçue lorsque tout va bien, mais conduit à des séquences de réparation (repair, Schegloff, Jefferson & Sacks 1977) lorsqu’émerge un problème. Why interroge la pertinence de l’occurrence de l’action, ainsi que les choix des ressources linguistiques ou corporelles qui la caractérisent (pourquoi telle construction syntaxique plutôt qu’une autre, tel pronom plutôt qu’un autre, tel geste ou mouvement plutôt qu’un autre). That concerne le phénomène ou le détail visé (une forme, une construction, un allongement syllabique, un lever de sourcils…), renvoyant à la composition de l’action (Schegloff 1996, 2007). Now pointe vers le moment (temporalité) et donc la position séquentielle au sein du cours d’action en train de se faire (Schegloff 2007).
L’approche de l’action en interaction se situe donc à la fois par rapport à des problèmes de production et d’interprétation. Plus spécifiquement, la littérature de l’AC insiste sur deux aspects complémentaires, la formation de l’action d’une part, l’attribution ou l’imputation du sens d’autre part (Schegloff 2007, Levinson 2012, Deppermann & Haugh 2022). La formation de l’action est à la charge du locuteur, qui la configure (la formate) de manière à la rendre intelligible et reconnaissable comme telle par les interlocuteurs. Effectuer une offre pose au locuteur le problème de rendre reconnaissable son action comme une offre et non comme, par exemple, une suggestion ou une requête – et de la faire d’une manière appropriée au contexte et à l’interlocuteur auquel il s’adresse. Cela est d’autant plus délicat que souvent les offres sont interprétées comme des requêtes déguisées, voire peuvent être transformées en requêtes ou en suggestions (angl. proposals) (Couper-Kuhlen 2014, Clayman & Heritage 2014, Mondada 2024c, à paraître). Les choix effectués pour le formatage de l’action permettent de résoudre en partie le problème, d’une manière qui reste indexicale (c’est-à-dire dépendante du contexte de son occurrence), et qui peut être subtile. Le contraste entre différentes options lors du formatage de l’action (voir plus bas pour l’exemple de la requête) fait partie de la manière dont les participants calibrent leur action, l’adaptent au contexte et à l’interlocuteur (d’une manière dite recipient-designed, Sacks, Schegloff & Jefferson 1974). Toutefois, le formatage de l’action ne décide pas in fine, de la valeur interactionnelle de l’action : c’est bien l’interlocuteur — et notamment l’action qu’il produit en retour — qui la détermine, en manifestant au tour suivant la manière dont il traite l’action initiale. C’est ce qu’on appelle la next-turn proof procedure (Sacks, Schegloff & Jefferson 1974, Schegloff 2007). L’interlocuteur a différentes manières de montrer l’action qu’il attribue au locuteur (action ascription, Levinson 2012). Ce qui, à son tour, peut déclencher des réparations ou des corrections (Schegloff, Jefferson & Sacks 1977, Jefferson 2017) ou d’autres formes de négociation.
Les questions de formatage de l’action permettent d’interroger les formes verbales et corporelles — autrement dit, les ressources multimodales — que les participants mobilisent pour produire et rendre reconnaissables leurs actions. Or, l’AC ainsi que la LI ont tout d’abord privilégié l’analyse des formats verbaux, pour se tourner ensuite vers la dimension corporelle de l’action. Une diversité d’actions a été étudiée : pour le français on peut par exemple citer, outre les requêtes (voir infra), les invitations (Quéré 1987, Traverso et al. 2018), les plaintes (Traverso 2009), les offres (Mondada 2023, à paraître), les demandes/propositions d’aide ou d’assistance (Relieu 2023, Gonzalez-Martinez & Drew 2021, Traverso 2019a), les questions (De Fornel & Léon 1997, Léon 1999, Mondada 2018c, 2024d, Pekarek Doehler 2021a, 2021b).
L’attention plus récente pour la dimension linguistique et corporelle du formatage de l’action dans sa complexité a invité à ne pas réduire ce formatage à un tour verbal accompagné de gestes ou de regards, mais à prendre en compte des Gestalt multimodales complexes, c’est-à-dire des configurations de ressources intégrant plusieurs composantes verbales et corporelles. Ainsi, une Gestalt peut englober une forme syntaxique particulière, co-occurrant avec des gestes, des orientations du corps, une gestion de la posture et de la mobilité spécifiques (Mondada 2014b, 2024c, 2024e). La Gestalt multimodale est à la fois méthodique – dans le sens où elle est reconnue comme une pratique récurrente par les participants – et indexicale – dans le sens où les ressources multimodales sont toujours ajustées aux spécificités matérielles du contexte (voir la notion de contextual configuration chez Goodwin 2000).
C’est ainsi que l’analyse intègre à la fois la position séquentielle dans laquelle l’action est produite, les formats qui la caractérisent, et les réponses qui la traitent en tant que telle.
5.2. L'exemple de la requête.
La requête est une action qui a été largement étudiée non seulement en AC et LI, mais aussi au sein de la théorie des actes de langage et de la (socio)linguistique de la politesse. La requête visant une action immédiate (vs future) présente aussi la caractéristique d’avoir des composantes corporelles importantes, et notamment pouvoir être caractérisée par une production et une réponse entièrement corporelle (dans les requêtes silencieuses). Dans ce sens, la requête est une action exemplaire pour comprendre la multiplicité des ressources qui peuvent être mobilisées par les participants et leurs conséquences interactionnelles.
5.2.1. État de l’art
Dans la théorie des actes de langage, la requête appartient à la catégorie plus générale des actes directifs, qui dépendent de l’intention du locuteur de faire agir autrui (Searle 1969 : 66). Elle peut prendre des formes différentes, directes ou indirectes. Dans ce dernier cas, ce sont les conditions de félicité de l’acte qui sont thématisées, comme la possibilité de l’interlocuteur de faire l’acte (peux-tu ouvrir la fenêtre ?), sa volonté (veux-tu me prêter de l’argent ?), ou sa compétence (saurais-tu m’expliquer la théorie des actes de langage ?).
La requête a aussi intéressé les approches sociolinguistiques de la politesse (Brown & Levinson 1987, qui s’inspirent de la notion de face de Goffman 1967), dans la mesure où elle présente une menace pour la face négative du destinataire, contraignant et mettant en danger son action. La forme indirecte des actes de langage permet précisément de réduire la menace grâce à la politesse (pour une approche qui articule actes de langage, et notamment actes indirects, et politesse, voir Kerbrat-Orecchioni 2001). La théorie de la politesse, formulée en termes de faces, a permis d’introduire une dimension sociale et interpersonnelle dans l’analyse des actes ; elle a toutefois été critiquée par l’AC (voir Drew & Wootton 1988) comme imposant a priori (et donc hors contexte) une interprétation menaçante de certains actes, ainsi qu’une évaluation a priori de la valeur de certaines formes (considérant, p. ex., les impératifs comme plus menaçants que les verbes modaux au conditionnel) qui ne correspond pas toujours à l’usage qu’en font les participants (ainsi, l’impératif peut être associé à des requêtes urgentes, sans pour autant constituer une menace pour la face, Sorjonen et al. 2017) > Références .
Il existe une littérature importante en AC et LI sur les requêtes.
Cette littérature a abordé deux types de requêtes : elle s’est d’abord focalisée sur l’étude des requêtes visant une action dans le futur, fréquentes notamment dans les appels téléphoniques, pour ensuite, plus tardivement, se focaliser sur les requêtes visant une action immédiate (Lindström 2005). Cela a favorisé d’abord l’étude des formats verbaux : ainsi Curl & Drew (2008), travaillant sur les effets différents de constructions telles que I wonder if you… (fr. : je me demande si tu/vous) vs Can you… (peux-tu/pouvez-vous) ou could you (pourrais-tu/pourriez-vous), ont révélé que ces formats étaient liés à des engagements normatifs différents, le premier manifestant une orientation du locuteur vers les contingences affectant la requête et la rendant moins justifiée, alors que le second exhibe une légitimité à être le bénéficiaire de l’action requise (Curl & Drew 2008, Craven & Potter 2010). D’autres critères ont été discutés (pour une vue d’ensemble en français voir Pekarek Doehler & Horlacher 2023), comme le fait que la requête peut concerner un cours d’action individuel de la personne qui l’énonce vs un cours d’action bénéficiant à un collectif (Rossi 2012, Wootton 2004, Zinken & Ogiermann 2013, Zinken 2016) – ces dimensions affectant le choix des formats verbaux de la requête. Enfin, il a été montré que les requêtes sont formatées en fonction de contraintes notamment institutionnelles qu’elles contribuent à leur tour à configurer, telle la légitimité du requérant à formuler une requête face à autrui (pour le français, voir Mondada 2014c, 2014d, 2017a, 2017b, 2018b, et les articles réunis dans Horlacher & Pekarek Doehler 2023a). En outre, l’approche des requêtes a récemment été intégrée dans un continuum d’autres actions par lesquelles un participant est amené à faire quelque chose, à donner de l’aide ou à fournir son assistance (recruitment, Kendrick & Drew 2016, cf. Gonzalez-Martinez & Drew 2021 pour une analyse en français). Ces questions sont amplement transversales à travers les langues (cf. Mondada 2024c pour une analyse convoquant des données comparables en français, italien, allemand, espagnol et anglais).
Les formats multimodaux des requêtes ont aussi été discutés en ce qui concerne les requêtes à effet immédiat, produites dans un cours d’action impliquant un engagement corporel des participants. C’est le cas des requêtes énoncées par les instructeurs d’auto-école (De Stefani & Gazin 2014, Deppermann 2018, Mondada 2018b) accompagnées de gestes et d’orientations corporelles faisant référence aux détails de la route ; des requêtes de parents à leurs enfants, accompagnées non seulement de gestes mais de pratiques haptiques contrôlant les corps de ces derniers (Goodwin & Cekaite 2013, 2018, Keel 2017) ; des requêtes dans les interactions de vente orientées vers les produits et l’écologie de l’échange (De Stefani 2014, Mondada & Sorjonen 2016, Mondada 2021a, Sorjonen & Raevaara 2014), ou les interactions chez le coiffeur orientées vers le résultat du service (Horlacher 2022, Horlacher & Pekarek Doehler 2023b), etc. Ces travaux insistent non seulement sur la dimension multimodale de la requête, mais aussi sur l’action corporelle ou manuelle dans laquelle elle est insérée (en chirurgie, Mondada 2014c, à la cuisine Mondada 2014d, ou dans l’apprentissage du maniement du crochet, Lindwall & Ekström 2012) au sein de laquelle les réponses aux requêtes sont souvent incarnées et silencieuses. La variété des formats des réponses (verbales ou corporelles, ou les deux, Horlacher 2022, Horlacher & Pekarek Doehler 2023b, Mondada 2024c) ainsi que de la temporalité des réponses (Deppermann & Schmitt 2021, Mondada 2017a, 2017b, 2021b) fait aussi partie de ce qui définit l’ancrage de la requête dans l’action présente.
Les requêtes en interaction (Drew & Couper-Kuhlen 2014) sont ainsi un type d’action qui combine de manière parfois complexe une dimension normative (Craven & Potter 2010, Curl & Drew 2008), une dimension épistémique (Mondada 2021a), une dimension praxéologique corporelle, et une dimension mobile (comme le déplacement dans l’espace, Sorjonen & Raevaara 2014, Mondada 2022b).
5.2.2. Analyses du formatage de la requête en français
L’entrée par le prisme de l’action (vs l’entrée par les formes linguistiques elles-mêmes) permet en AC et LI de poser la question des choix de formes linguistiques qui se posent aux locuteurs, de leur pertinence, de leurs conséquences et, crucialement, de la manière dont ils sont traités par les interlocuteurs. Dans ce qui suit, nous nous focalisons sur un certain nombre de ressources multimodales employées en français pour le formatage des requêtes, sur la position de leur occurrence et sur leurs effets sur la construction de l’intelligibilité de l’action — en tenant compte aussi des réponses à ces actions et des valeurs qu’elles leurs attribuent dans une variété de contextes interactifs. Nous montrerons d’abord une variété de formats verbaux (section 5.2.2.1), puis nous illustrerons un format alternatif, où le verbe est absent et qui se centre entièrement sur le SN nommant l’objet de la requête (section 5.2.2.2). Nous discuterons ensuite des raisons qui incitent les locuteurs à choisir entre certains formats et notamment à élaborer, complexifier et étendre le format initial (section 5.2.2.3). Finalement, nous montrerons comment les requêtes peuvent aussi être utilisées pour corriger l’action en cours, voire faire elles-mêmes l’objet de corrections : cela révèle les enjeux de compréhension de l’action de la part des interlocuteurs et le rôle qu’y joue le formatage choisi de l’action (section 5.2.2.4).
5.2.2.1. Une variété de formats verbaux
Les formats de l’action sont sensibles au contexte où cette action se déroule, à ses contraintes, à sa temporalité et aux interlocuteurs qui y prennent part. C’est pourquoi un format syntaxique ne peut jamais être directement associé à une signification qu’il confèrerait à l’action, mais doit être rapporté au contexte praxéologique de cette action (c’est-à-dire à l’activité plus large dans laquelle elle s’intègre). Cela permet de penser la forme linguistique que prend l’action et les choix des locuteurs de manière située et plastiquement adaptée au contexte.
Dans cette section, nous nous focalisons sur la variété des constructions verbales observables. Ainsi, alors que l’impératif a été décrit comme caractérisant les requêtes directes, éventuellement offensantes pour la face – par opposition à des formes modalisées, typiques des requêtes indirectes dans certaines approches des actes de langage et de la politesse (par exemple dans les interactions de service, Placencia 2004) –, une approche en contexte des requêtes montre que d’autres facteurs interviennent dans le choix du format.
Ainsi les requêtes à l’impératif sont courantes dans des activités où la temporalité de l’action est cruciale, comme dans les extraits suivants, tirés d’un jeu vidéo (extrait 13), d’une leçon de pilotage sur un circuit à haute vitesse (extrait 14) ou d’une visite guidée (extrait15).
(13) (Mondada 2017b) (videogame_PS30.08)
(14) (Mondada 2017a) (circuit-automobile_NURB_3.14)
(15) (Mondada 2005) (visite-guidée_Jar_5/12.27_buisson)
Dans le premier cas, la requête est adressée par un co-participant à l’avatar du joueur qui est en possession de la balle : la frappe est accomplie alors que l’impératif est encore en train d’être énoncé. Dans le second cas, le coach instruit le pilote quant à un changement de vitesse, adéquat à cet endroit précis du circuit. Dans le troisième cas, le guide dirige l’attention des visiteurs sur un insecte qui vient de surgir devant eux. L’impératif, dans tous ces cas, est lié à la temporalité (rapide) de l’événement visé par la requête, qui projette une réponse immédiate.
Alors que les impératifs sont systématiques dans certains contextes, dans d’autres ils ne sont que très marginalement utilisés. C’est le cas des requêtes dans des commerces, qui peuvent prendre la forme d’un syntagme verbal suivi de l’objet demandé :
(16) (Mondada 2021a) (FRO_F_LYON_300415_00.28.00)
(17) (Mondada 2021a) (FRO_F_THO_170415_01.31.38/cli.23.1/2_chaource)
Dans les deux extraits, situés immédiatement après l’ouverture de la transaction, le client utilise un verbe modal au conditionnel à la première personne (ce qu’on pourrait considérer comme le format le plus conventionnel, extrait 16) ou un futur proche (faisant référence par on aux deux clients) (extrait 17). Deux constructions verbales très différentes sont donc utilisées ici, qui peuvent être rapportées au fait que dans un cas le client est encore en train d’approcher du comptoir, alors que dans l’autre les clients ont eu le temps de choisir en attendant. Dans les deux cas, le vendeur répond d’abord par une particule positive, oui, avant de se déplacer vers le produit qu’il ramènera ensuite. Ici, la réponse à la requête est double : d’abord par une réponse verbale, oui, qui présente l’avantage de pouvoir être immédiatement produite, ensuite par une réponse corporelle, le déplacement, qui prend davantage de temps. La première projette la seconde.
D’autres formats à la syntaxe plus complexe sont aussi observables, comme dans l’extrait 18, tiré d’une interaction de service chez le coiffeur. Le coiffeur (COI) vient de finir d’arranger la coiffure de la cliente et lui demande son appréciation (1) :
(18) (Horlacher & Pekarek Doehler 2023b)
La question du coiffeur initie une séquence (une paire adjacente, Schegloff & Sacks, 1973) et projette de manière préférentielle (Schegloff 2007) une réponse positive de type confirmation (Raymond 2003), mais donne néanmoins à la cliente l’opportunité de demander un ajustement du service. À la ligne 2, cette dernière répond en chevauchement par un ouais (2), mais en même temps s’apprête à saisir une mèche (fig.1) – un geste qui anticipe possiblement l’annonce d’un problème (voir également l’expression du visage de la cliente) – alors que le coiffeur suit ce geste du regard dans le miroir. La cliente poursuit son tour de parole en formulant une demande de révision : là j‘ crois qu’i‘ faut lisser un p‘tit peu plus hein? (4), puis saisit une mèche alors que le coiffeur se penche en avant en fixant le miroir (fig. 2), et ratifie à travers un ouais (5) qu’il a reconnu le problème soulevé par CLI, suite à quoi il formule une action de révision à venir (6-7).
On notera que la requête prend une forme déclarative, typique des cas où le locuteur assume un statut déontique élevé vis-à-vis de son interlocuteur (Rossi & Zinken 2016, Zinken & Ogiermann 2013). Malgré cette syntaxe déclarative, et l’utilisation du verbe « falloir » invoquant une nécessité, la requête de la cliente est fortement modalisée : elle est introduite par j` crois qu’ (4), elle est minimisée (lisser un p’tit peu plus, 4) et elle se termine par un hein (4), qui peut traduire une recherche d’approbation adressée au coiffeur, ou au contraire, marquer l’évidence de la révision. On notera également que la justification qui la suit (8/9) se termine sur un petit rire (9). Pris ensemble, ces éléments montrent comment, à travers le format multimodal de sa requête, la cliente navigue subtilement entre son droit de faire agir le coiffeur et sa recherche d’un consensus avec lui et donc le respect de son travail.
L’extrait montre que la reconnaissance de la déclarative en tant que requête n’est pas inscrite uniquement dans sa forme, mais dans sa réalisation multimodale (notamment les gestes de la cliente), sa position séquentielle (après une demande d’appréciation par le coiffeur) et son contexte interactionnel plus large, y compris les droits et obligations associés aux rôles mutuels dans ce type d’interaction de service. Avec les autres exemples de cette sous-section, ce fragment montre la variabilité des formats de la requête, car la fonction du format est foncièrement inscrite dans son contexte interactif.
On voit aussi sur la base des extraits précédents que certains formats sont plus ou moins conventionnalisés, alors que d’autres le sont moins. Certains formats de requête sont en effet fortement routinisés ; ils restent cependant (et contrairement à ce qui est dit des actes de langage conventionnalisés) liés à des contextes interactifs précis. Tel est le cas du format basé sur la dénomination d’un objet en guise de requête dans un magasin (voir infra) ou l’usage de l’impératif dans des contextes où les gens agissent par exemple sous la pression du temps (voir supra). Un autre format syntaxique récurrent, attesté entre autres pour les requêtes en anglais (Ford & Thompson 1986), suédois (Lindström et al. 2016) et français (Horlacher & Pekarek Doehler 2022, 2023b), est celui dit de la si-indépendante (cf. Corminboeuf & Jahn 2020, voir aussi les notices sur les « Constructions en si », Corminboeuf 2018 > Notice , et les « Constructions hypothétiques non marquées », Corminboeuf, 2018 > Notice ). Considérons l’extrait suivant, tiré d’un appel d’urgence (CIT est le citoyen qui appelle ; CEN est l’opérateur de la centrale qui répond à l’appel) :
(19) (Horlacher & Pekarek Doehler 2022) (VFL-CET – 15-02-15 – 00h57m25s – tapage)
Le citoyen décrit d’abord les événements qui l’incitent à contacter la police (1-4), puis se met à formuler une requête par si vous avez quelqu’un sous la main. Or, ce segment ne rend pas explicite un acte de requête, et n’énonce même pas l’action demandée (à savoir l’envoi d’une patrouille). Au contraire, l’appelant se limite à énoncer la condition sine qua non pour que sa requête puisse être honorée : l’envoi d’une patrouille n’est possible que dans le cas où il y a une patrouille disponible. Malgré ces éléments, la requête est bien interprétée en tant que telle par l’opérateur de la centrale : à la ligne 10, ce dernier confirme d’abord l’acceptation de la requête par okay, puis, après une élaboration par le citoyen (11-14), rend plus explicite l’envoi d’une patrouille (15). Or, cette ‘transparence’ mutuelle, pour les participants, du format en tant qu’action de requête suggère qu’il s’agit d’un format potentiellement routinier. En effet, les analyses menées par Horlacher & Pekarek Doehler (2022) confirment la récurrence de ce format de requête dans les appels d’urgence, et démontrent son statut hautement routinisé, qui se traduit par un certain degré de consistance lexico-syntaxique :
(20) Divers extraits (Horlacher & Pekarek Doehler 2022)
On observe dans ces extraits l’occurrence répétée du pronom de deuxième personne ou du pronom indéfini (quelqu’un, parfois ils) en position de sujet, les deux renvoyant à priori à l’institution ‘police’ qui est appelée à l’aide. On y observe également l’occurrence répétée du verbe modal pouvoir et d’atténuateurs (il s’agirait pour la police de juste passer ou de jeter un rapide coup d’œil), ainsi qu’une thématisation fréquente de la disponibilité ou de la proximité de l’assistance demandée (une patrouille/quelqu’un pas loin, disponible, tout près, sous la main...), souvent à travers des expressions existentielles du type vous avez ou il y a, qui justement énoncent les conditions indispensables pour une possible intervention de la police, et donc pour la satisfaction de la requête qui, elle, reste toutefois implicite. Si ces éléments réunis signalent une routinisation du format en question, ils mettent également en exergue ses motivations interactionnelles.
En effet, à travers la formulation en si-indépendante, le citoyen manifeste sa faible autorité déontique face à l’opérateur (c’est en tout cas la centrale qui décide d’envoyer la patrouille) et donne à ce dernier une grande latitude pour rejeter la requête. Cela justement parce que le format de la requête encode non pas l’action demandée mais les conditions sine qua non pour que la requête puisse être honorée. Ce format offre donc à l’opérateur la possibilité de justifier un éventuel refus en niant l’existence des conditions évoquées dans la structure [si-X]. En ce sens, le format est indexicalement lié aux conditions interactives de sa production : il reflète les rôles institutionnels des participants, ainsi que les droits et obligations qui y sont associés, tout en contribuant à les instaurer. On notera enfin que, sur le plan syntaxique, le format en question peut être rapproché de conditionnelles du type [si-X, (alors) Y]) dont la clause régissante n’est pas produite ; il relève en ce sens du phénomène de l’insubordination (Evans 2007). L’étude citée identifie la si-indépendante en tant que format de requête récurrent dans un contexte institutionnel précis (mais qui n’est pas limité à celui-ci ; voir Pekarek Doehler & Horlacher 2025) tout en démontrant en quoi une approche interactionnelle focalisée sur les actions permet de mieux comprendre les motivations fonctionnelles des structures dites insubordonnées.
5.2.2.2. Formats réduits à la formulation de l’objet requis
Dans les interactions commerciales, une alternative à une requête formatée par une structure syntaxique complète avec verbe et complément est constituée par les requêtes qui se limitent à un syntagme nominal faisant référence au produit demandé. C’est le cas des deux extraits suivants, qui sont situés juste après l’ouverture de la rencontre, l’une dans un kiosque et l’autre dans une boulangerie :
(21) (Mondada 2024c) (BAK_F_STL_avr_2-00)
(22) (Mondada 2024c) (KIO_F_VIL-1-02-06)
Dans l’extrait 21, après la séquence de salutations, la cliente nomme le produit visé, puis enchaîne par s’il vous plaît (cf. extraits 16, 17). Ce dernier élément suffit à indiquer qu’il s’agit d’une requête, action attendue en cette position séquentielle et dans ce contexte. La vendeuse répond d’abord verbalement (oui, cf. extraits 16, 17) puis se déplace pour aller chercher les viennoiseries qui se trouvent sur l’autre partie du comptoir (fig. 1-2). Dans l’extrait 22, plus minimaliste, le client ne répond pas aux salutations mais se borne à nommer deux marques de cigarettes : la vendeuse se tourne après la mention de la première et prend successivement les deux paquets, en répondant de manière corporelle et silencieuse. La séquence de la requête est complète lorsque l’objet est apporté à la personne qui en fait la demande.
Faire une requête en nommant simplement l’objet visé signale à la fois une routine (voir de nombreuses occurrences dans Mondada 2021a, 2024c), une attente forte quant au type d’action séquentiellement projetable à ce point de l’interaction et une haute légitimité de cette action (ce que Curl & Drew 2008 appellent la légitimité – entitlement – à effectuer la requête).
5.2.2.3. Options entre formats plus ou moins étendus
Lorsque l’objet de la requête est rendu intelligible par d’autres moyens que la parole – comme les attentes liées au déroulement séquentiel, à la connaissance du contexte d’action, aux orientations corporelles, etc. –, la requête peut assumer des formes très économiques et pourtant efficaces, comme dans les extraits suivants, tirés d’opérations chirurgicales lors desquelles le chirurgien adresse des requêtes à son assistant, visant à lui faire prendre et tendre un tissu anatomique (Mondada 2014c) :
(23) (Mondada 2014c) (PEL1.53)
(24) (Mondada 2014c) (PEL6.08)
(25) (Mondada 2014c) (PEL4.42)
Dans l’exemple 23, la requête est formatée avec un verbe à l’impératif, suivi d’un déictique, référant à un tissu anatomique, que le chirurgien a saisi avec sa pince et agite visiblement pour l’assistant. L’assistant répond en prenant le tissu. Dans l’exemple 24, le chirurgien pointe vers le tissu avec son bistouri en se limitant à énoncer un déictique, et l’assistant le prend. Dans l’exemple 25, le chirurgien ne fait que pointer vers le tissu pertinent, jusqu’à ce que l’assistant le saisisse avec sa pince. Dans les trois extraits, la même requête est réalisée avec une économie différente de moyens : par une clause, par une expression référentielle déictique, par un geste silencieux. La séquence entière peut être implémentée de manière silencieuse.
Les variations de format pour une même action révèlent les enjeux liés à la formulation et à la compréhension détaillée de cette action. Ainsi, la variation des formats peut manifester différentes positions épistémiques, concernant par exemple l’expertise relative à l’objet demandé (Mondada 2021a); elle peut se rapporter à différentes temporalités de l’action (Mondada 2017b) ou différentes distributions des droits (p. ex. déontiques) et obligations respectifs (Horlacher & Pekarek Doehler 2022) mais aussi à différentes manières dont l’action est maîtrisée, notamment dans une histoire interactionnelle des participants (cf. Deppermann 2018, Mondada 2018b, distinguant entre instructions sous forme de requêtes au début de l’apprentissage de la conduite vs à des étapes plus avancées).
Une autre forme d’expansion du format initial est constituée par la répétition de la requête. Ainsi, la requête peut être répétée plusieurs fois (Mondada 2017a), son locuteur s’orientant vers le fait que l’action n’a pas encore été réalisée, dans un contexte d’urgence croissante, qu’elle est réalisée de façon inappropriée, ou qu’elle doit être accompagnée par une requête continue et concomitante qui en guide la temporalité.
L’urgence temporelle est caractéristique des instructions données pendant les leçons de conduite, et encore davantage sur un circuit automobile (extrait 26) ou au fil d’un match de football vidéo (extrait 27):
(26) (Mondada 2017a) (Nurb_45.54)
(27) (Mondada 2017b) (PS.58.44)
Dans l’exemple 26, le coach produit un premier impératif (1), avec une prosodie accélérée, qui n’est pas suivi d’effet durant la pause qui suit (2), occasionnant ainsi un deuxième impératif, avec un rythme encore plus accéléré (3). Le pilote s’exécute durant ce dernier. La même chose a lieu, ensuite, pour le débraquage (5-6). Dans l’exemple 27, alors que le joueur contrôlé par Luc court avec la balle, Raphaël lui demande de changer de position, ce qu’il fait pendant le troisième impératif. Dans les deux cas, la production sur un rythme accéléré de l’impératif confère un sens d’urgence. La répétition traite aussi de la non-satisfaction de la requête, qui dans certains cas peut être un frein à la poursuite du cours d’action. Cela est observable dans les exemples 23-25 en salle d’opération, où la complétion de la séquence de requête permet la poursuite de l’activité manuelle de dissection. Cela est observable aussi dans la poursuite d’un projet discursif, comme dans l’extrait suivant, tiré d’une visite guidée où Luc montre à ses hôtes le jardin dont il a la responsabilité.
(28) (Mondada 2014b) (3/15.25 piverts)
Alors que les visiteurs regardent d’autres détails de la nature autour d’eux, Luc se dirige vers un arbre et se met à pointer vers lui en énonçant un impératif, regardez, suivi de la même forme utilisée de manière transitive, regardez les, qui projette une entité (au pluriel) à regarder mais sans en énoncer l’identité, suspendant la progression du tour, s’orientant vers le chevauchement avec le tour d’Élise. Luc reprend l’impératif, cette fois suivi de son objet (3), alors que ses interlocuteurs redirigent progressivement leur regard vers lui et ce qu’il est en train d’indiquer. Ce réalignement de l’attention est progressif ; en outre, même si Yan regarde vers Luc, sa question (4) est désalignée par rapport à son action, faisant référence au type d’arbre plutôt qu’à ses habitants. Luc répète donc à nouveau son tour à l’impératif (6), qui cette fois reçoit plusieurs réponses : les visiteurs non seulement se tournent vers lui mais répondent verbalement par des change-of-state tokens (8, 9) qui manifestent leur alignement avec ce qu’il leur donne à voir. Ce n’est qu’à ce moment que Luc continue son développement thématique sur les piverts. La répétition des requêtes à l’impératif s’oriente ici vers la transformation de l’attention des participants comme condition pour la progression de l’activité.
5.2.2.4. Corrections, réparations et désalignements dans l’identification de l’action
La production des requêtes est donc séquentiellement et temporellement sensible au déroulement de l’action en cours et en particulier à la réponse de ses destinataires. Cela peut occasionner des séquences de correction, qui ciblent la réponse elle-même comme n’étant pas conforme ou adéquate. Tel est le cas des requêtes suivantes, tirées la première d’une opération chirurgicale, la seconde d’un jeu vidéo : une première requête est d’abord énoncée, suivie d’une requête négative qui s’oriente vers un problème émergent :
(29) (Mondada 2014c) (DS23_PEL3.48)
(30) (Mondada 2014c) (N23_PS1.51)
Dans les deux cas, les requêtes sont à l’impératif. La première requête, bien que formatée de manière affirmative, manifeste un problème possible : tel est le cas de seulement (2) dans le premier cas, qui assume une valeur contrastive corrigeant ce que l’assistant est en train de faire, et du verbe laisse dans le deuxième cas, qui vient corriger l’action du joueur. Bien que le problème émerge dès la première requête, il devient évident lorsque la forme de la deuxième la requête nie explicitement l’action en cours du destinataire ou l’action qui peut être anticipée sur la base de ce qu’il est en train de faire.
Les corrections constituent une pratique intéressante pour les linguistes en ce qu’elles manifestent la compréhension située des participants de l’action en cours. Elles manifestent en outre une attitude normative envers l’action effectuée en réponse à la requête. Elles introduisent des nuances et précisions dans la manière dont l’action requise est censée être réalisée (et du coup, formulée et comprise). Cependant, cette analyse pourrait laisser entendre que le locuteur qui a énoncé la requête a une visée précise dès le premier tour. Cela n’est pas le cas pour plusieurs raisons : a) le tour est une entité émergente moment par moment, qui s’ajuste aux contingences de l’interaction et du contexte, b) l’action qui s’y manifeste peut se transformer au gré du contexte émergent, c) par conséquent, l’identification du type d’action n’est pas toujours claire, même pour le locuteur.
Les fragments suivants montrent comment la commande d’un produit via une requête, dont on a montré le caractère routinier et récurrent dans les interactions commerciales (cf. supra), peut prêter à des malentendus. L’exemple 31 en est une illustration. L’action du client (2), en deuxième position après l’invitation du vendeur (1, fig. 1), commence clairement comme une requête (par je vais prendre) mais évolue ensuite différemment :
(31) (Mondada 2021a) (FRO_F_THO_170415_26.15/cli4)
Alors que le verbe (2) projette un objet, celui-ci n’est pas immédiatement énoncé. Cette suspension est rendue intelligible par la posture corporelle du client, qui se penche sur la vitrine des produits et les inspecte (fig. 2). Cela rend reconnaissable, de manière non problématique pour le vendeur, que le client ne sait pas encore quoi prendre et qu’il cherche un produit. Le client le montre lui-même, et insère une autre action (3), une remarque sur un produit, qu’il évalue positivement. Donc le client ne fait pas que suspendre son action initiale mais insère une autre action, qui permet en outre d’inclure le vendeur dans sa recherche. En effet le hein ? final adresse l’évaluation au vendeur, qui répond, d’abord en insérant une séquence de réparation (4-5), puis en répondant en confirmant, voire en augmentant, l’évaluation positive (6). Le client reprend ainsi sa requête, en recyclant le verbe, immédiatement suivi de son objet — celui-là même qui a fait l’objet de l’évaluation et de la demande de confirmation. Nous avons donc affaire à une séquence complexe, où dans la séquence de requête est insérée une séquence de demande de confirmation, elle-même comportant plusieurs actions (une remarque, une évaluation, qui précèdent et informent la demande de confirmation).
Cet exemple montre que la formation de l’action n’est pas toujours claire pour les locuteurs eux-mêmes, et ne correspond pas non plus à l’attribution et interprétation de l’action de la part des interlocuteurs. Cela est le cas dans le dernier exemple ci-dessous, où la vendeuse – qui pourtant monitore attentivement ce que fait le client – attribue une action au client, que celui-ci rejette (de manière véhémente) :
(32) (Mondada 2021a) (FRO_F_PAR_100715_2.03.48/cli18_2d req)
Comme dans l’extrait précédent, l’action du client (1) commence comme une requête clairement indiquée par l’usage de j’vais vous pren:dre. Toutefois, le tour, comme dans l’extrait précédent, est suspendu (explicitement par -tendez et par une raison introduite par parce que). L’action émergente en cours, je rega::rde est formulée par un verbe qui la décrit et dont l’allongement syllabique, ainsi que la vocalisation tac tac, montrent que le référent du verbe prendre n’est pas encore disponible, étant plutôt en train d’être recherché. Cela est aussi rendu reconnaissable par la posture du client, qui se penche sur la vitrine et l’inspecte. Cette recherche est prolongée, prenant un certain temps (3-6) et le client s’oriente vers cette temporalité en produisant une série de formulations renvoyant à ce qu’il est en train de faire, hésitant (4), et se demandant quel choix faire (6, en utilisant le même verbe de la requête, prendre). Il verbalise aussi sa découverte/solution possible, par le change-of-state token (Heritage 1984) ah suivi du nom du produit (Soumain- le Soumaintrain 6-7). La vendeuse intervient alors en reprenant l’objet par une dislocation à gauche, montrant un alignement avec la visée du client (De Fornel 1987, Mondada 2005) et s’engageant dans une action qui est reconnaissable comme une explication (9). Elle attribue ainsi au client une absence de savoir concernant le produit. Cette attribution est immédiatement rejetée par le client, qui non seulement clame son savoir mais aussi en entame une démonstration, en commençant à décrire les propriétés de l’objet (10-11). La réponse véhémente du client, ainsi que les excuses de la vendeuse (12) montrent les enjeux de la reconnaissance de l’action ainsi que de ses dimensions normatives et épistémiques (cf. Mondada 2021a), négociées ici au fil du traitement de ce qui émerge et est traité par les participants comme un malentendu. Cet extrait montre à quel point les participants s’orientent vers les questions d’accountability (Garfinkel 1967, articles dans Robinson 2016) de l’action, vers les détails qui accomplissent et assurent l’intelligibilité et l’interprétation partagée de la valeur de l’action.
Avec les autres extraits commentés dans cette section, ce fragment montre aussi que plus d’explicitation (ici avec des formulations de l’action en cours) n’apporte pas toujours davantage d’intelligibilité, alors que plus d’indexicalité (comme dans le cas où la requête est réalisée par un simple ça ou par un pointage) ne pose pas nécessairement de problèmes. Cela montre que les formats utilisés n’ont pas de sens en eux-mêmes (dans un appariement simple entre action et format) mais prennent leur sens dans leur contexte praxéologique, c’est-à-dire au sein du déroulement de l’activité en cours.
5.3. Conclusion intermédiaire.
Les extraits de cette section analysent les enjeux que pose pour les locuteurs la reconnaissance de l’action, montrant par là la centralité des questions de formation vs d’attribution de l’action (cf. supra 5.1). La manière dont l’interlocuteur interprète cette action se fonde sur des éléments linguistiques et corporels qui composent le formatage de l’action, combinées avec les données contextuelles (contexte séquentiel, matériel, institutionnel). Cela permet de construire une vision intersubjective de l’action, mais peut aussi générer des erreurs et des ambiguïtés. Ces ambiguïtés et mécompréhensions de l’action en retour peuvent inviter les participants à formuler plus explicitement l’action dont il est question. Ainsi une analyse linguistique focalisée sur l’action – sa mise en forme, sa reconnaissabilité, et sa reconnaissance effective dans les réponses qui y sont données – permet de montrer comment les participants eux-mêmes problématisent la question du formatage de l’action.
6. Conclusion.
Dans cette notice, nous avons présenté le paradigme de recherche de la Linguistique Interactionnelle ainsi que sa contribution à l’analyse de la grammaire du français et au fonctionnement de la grammaire tout court. Issue de l’Analyse Conversationnelle, ayant émergé dans les années 1990 sous l’influence de la linguistique fonctionnelle discursive et de l’anthropologie linguistique, la Linguistique Interactionnelle propose une conception du langage comme inextricablement liée à l’agir social humain. Elle souligne la nature foncièrement temporelle, adaptable, émergente de la langue telle qu’elle se matérialise in situ dans les processus communicatifs – et se configure dans et par ces processus, dont en premier lieu l’interaction sociale. La Linguistique Interactionnelle montre ainsi des affinités avec les approches dites ‘centrées sur l’usage’ (angl. usage-based) ; ce qui la distingue est sa conception de l’usage comme étant en priorité (phylogénétiquement, ontogénétiquement…) situé dans l’interaction humaine et organisé en son sein.
Sur la base de cet arrière-plan, nous avons montré comment la Linguistique Interactionnelle enrichit notre compréhension des structures linguistiques à la lumière de leur usage dans des échanges interactifs authentiques, par le biais d’analyses séquentielles – tour-à-tour, action-par-action – des pratiques des participants, de leurs orientations, et de leurs adaptations mutuelles. En nous basant sur les travaux existants dans le domaine, nous avons montré comment ceux-ci ont mis en lumière le fonctionnement d’une diversité de ressources linguistiques, allant des particules discursives (ben, voilà…) à la syntaxe complexe (relatives, hypothétiques, etc.) ; de même, ces travaux ont identifié le rôle de ces ressources dans le formatage de l’action et ont révélé en retour les effets que l’action exerce sur le langage. Cela est le cas aussi bien in situ – dans le moment présent – qu’à long terme : ainsi ces travaux ont non seulement éclairé les dimensions proprement interactives de formats tels que l’« insubordination » mais ont aussi suggéré que la confrontation des locuteurs à des besoins interactifs récurrents représente un moteur fondamental de grammaticalisation/pragmaticalisation. En outre, nous avons également montré, au travers de nombreux exemples, que l’ancrage du langage dans l’action, et plus précisément dans l’interaction sociale, entraîne une articulation étroite entre les structures linguistiques en usage et les conduites corporelles des locuteurs (gestes, regards, postures, mouvements, manipulations d’objets). C’est là un autre trait distinctif de la Linguistique Interactionnelle : analyser le langage à la lumière des ressources auxquelles il est inextricablement associé s’avère indispensable pour comprendre le fonctionnement du langage au sein de l’écologie complexe de l’agir humain.
Alors que la Linguistique Interactionnelle se distingue par l’attention portée à l’articulation de la langue parlée avec l’organisation des actions au sein de l’échange communicatif, ce paradigme de recherche n’a cessé d’échanger avec les paradigmes proches de la linguistique fonctionnelle, la grammaire constructionnelle, les théories basées sur l’usage, les modèles du changement linguistique, la psycholinguistique, et la linguistique de corpus. La Linguistique Interactionnelle partage les préoccupations centrales de la linguistique en général et de la linguistique fondée sur l’usage en particulier : elle s’intéresse à la nature des structures du langage, à leur fonctionnement, à leur émergence et à leurs modifications au travers du temps et des contextes d’usage. En abordant des interrogations clés de la linguistique du point de vue des structures linguistiques telles qu’elles se matérialisent dans l’interaction sociale, la Linguistique Interactionnelle apporte des éclairages complémentaires sur cet objet complexe et multiforme qu’est le langage.
À l’heure actuelle, le projet intellectuel de la Linguistique Interactionnelle se voit confronté à de nouvelles opportunités. Une première opportunité concerne les banques de données de corpus et la confrontation à de grandes masses de données : la Linguistique Interactionnelle a été pionnière dans la création de corpus – bien qu’ils aient initialement circulé de manière interne dans la communauté – et de banques de données de corpus ainsi que dans le développement d’infrastructures digitales en mesure de traiter de données complexes. Le défi est de parvenir à développer des outils qui intègrent les exigences théoriques et méthodologiques de ce courant, tout en contribuant à une approche générale de la grammaire sur corpus (voir la Notice « Corpus » Benzitoun & Cappeau 2025). Une deuxième opportunité est représentée par l’épaisseur historique des corpus existants : ce n’est qu’aujourd’hui que nous commençons à disposer, bien que de manière encore très limitée, de données interactives authentiques, enregistrées en audio, qui s’étendent sur un demi-siècle, voire plus. Ces données ouvrent de nouvelles perspectives pour explorer, dans une approche diachronique, la manière dont la langue – et plus particulièrement la grammaire – non seulement contribue à structurer l’interaction, mais est à son tour structurée par cette interaction, comment la confrontation des locuteurs à des besoins interactifs récurrents motive le changement linguistique à travers le temps. Troisièmement, la diversité des locuteurs constitue un enjeu important pour la représentativité des analyses, ainsi que pour la compréhension des options, parfois radicales, auxquelles peut se prêter le langage en action – comme le montrent les débats sur la neuro-diversité. De même, la diversification croissante des situations de communication, y compris dans les situations d’urgence et de crise, permet d’éclairer de manière nouvelle les conditions pesant sur les choix linguistiques des locuteurs. Ce sont là autant d’avenues importantes qui s’ouvrent pour les recherches à venir.
7. Conventions de transcription.
Les extraits ont été transcrits en adoptant les conventions de Jefferson (2004) pour l’oral (pour la version française, on utilise parfois les conventions ICOR, voir https://icar.cnrs.fr/ecole_thematique/tranal_i/documents/Mosaic/ICAR_Conventions_ICOR.pdf) et celles de Mondada (2018) pour les mouvements du corps (voir https://www.lorenzamondada.net/multimodal-transcription pour un tutoriel sur ces dernières).Nous en rappelons ici les éléments principaux, tout en invitant à consulter la littérature pour une version plus détaillée.
Conventions de transcription pour l’oral (Jefferson 2004, ICOR)
| [ ] | Chevauchement |
| = | Enchaînement rapide |
| (.) | Micro-pause non mesurée (inférieure à 0.2 sec.) |
| (1.1) | Pause mesurée en secondes |
| - | Troncation d'un mot |
| : | Allongement vocalique |
| ? (ou: /) | Intonation montante finale |
| . (ou: \) | Intonation descendante finale |
| , | Intonation continuative |
| °comme ça° | Voix moins forte |
| COMME | Voix plus forte |
| >bonjour< | Débit plus rapide |
| <bonjour> | Débit moins rapide |
| £bonjour£ | Voix souriante |
| b↑onj↓our | Changement de fréquence (montant/descendant) |
| (mot) | Transcription incertaine |
| ( ) ou XXX | Segment non identifiable (X=une syllabe) |
Conventions de transcription pour le corporel (Mondada 2018)
| + + | Délimitation de l'action corporelle entre les deux mêmes symboles qui en indiquent le début et la fin |
| * * | |
| • • | |
| .... | Emergence de l'action corporelle |
| ,,,, | Rétractation de l'action corporelle |
| +pointe-> | L'action indiquée continue à la ligne suivante jusqu'à la clôture du segment par le même symbole |
| ->+ | |
| ->> | Continuation de l'action après la fin de l'extrait |
| >> | Début de l'action avant le début de l'extrait |
| ROB | Identiification du participant pour le verbal |
| rob | Identification du participant plour le corporel |
8. Bibliographie synthétique
Couper-Kuhlen, E. & Selting, M. (2018). Interactional Linguistics. Studying Language in Social Interaction. Cambridge: Cambridge University Press.
Premier manuel consacré à la linguistique interactionnelle, qui offre un aperçu de ses fondements théoriques et méthodologiques. Passant en revue les résultats de la recherche, le livre examine la manière dont les unités linguistiques sont mobilisées et interprétées au sein de l’interaction sociale.
Jefferson, G. (2017). Repairing the Broken Surface of Talk: Managing Problems in Speaking, Hearing, and Understanding in Conversation. Oxford: Oxford University Press.
Regroupement d’articles de la co-fondatrice de l’AC, réputée pour son attention aux détails émergents de la parole.
Ochs, E., Schegloff, E.A., Thompson, S.A. (eds.) (1996). Interaction and Grammar. Cambridge: Cambridge University Press.
Cet ouvrage collectif est le premier en langue anglaise qui introduise explicitement une réflexion sur la grammaire du point de vue de l’AC.
Sacks, H., Schegloff, E.-A., & Jefferson, G. (1974). A simplest systematics for the organization of turn-taking for conversation. Language, 50(4), 696-735.
Article fondateur de l’AC posant les règles systématiques du turn-taking.
Schegloff, E. A. (2007). Sequence Organization in Interaction: A Primer in Conversation Analysis, Vol. 1. Cambridge: Cambridge University Press.
Cet ouvrage est une somme regroupant les réflexions de Schegloff sur l’organisation de la séquence. D’autres ouvrages étaient prévus, sur les réparations, sur l’organisation des tours de parole, etc. mais n’ont pas pu voir le jour suite à la disparition de l’auteur.
On consultera aussi :
The Encyclopedia of Terminology for Conversation Analysis and Interactional Linguistics (edited by A. Gubina, E. Hoey, C. Raymond, S. Albert): https://emcawiki.net/Encyclopedia_of_Terminology_for_CA_and_IL
Interactional Linguistics : https://benjamins.com/catalog/il
Revue spécialisée dans le domaine de la Linguistique Interactionnelle
9. Références citées dans le texte.
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(1)
Nous devons considérer les énoncés comme une forme de conduite qui se déploie dans le temps, produite par un locuteur en référence à des interlocuteurs dont la ratification continuelle de l’énoncé en progrès est inséparable de l’acte de production » (Hopper 2011: 42, notre traduction).
(2)
Si la littérature existante a certes occasionnellement fait remarquer des exceptions à la présence de c’est (Apothéloz 2012, Blanche-Benveniste 2010, Roubaud 2000), ces occurrences ont typiquement été traitées comme des cas marginaux sans faire l’objet d’une discussion quant à leurs dimensions fonctionnelles ou formelles précises.
(3)
Dans la littérature spécialisée, il n’y a pas de consensus sur la question de savoir si le développement des marqueurs discursifs doit être adéquatement décrit en termes de grammaticalisation ou de pragmaticalisation. Le terme de ‘grammaticalisation’ est communément utilisé pour décrire l’évolution d’une forme et fonction grammaticale à partir d’éléments initialement lexicaux (p. ex. Hopper & Traugott 2003) ; le terme de ‘pragmaticalisation’ est souvent utilisé pour faire référence au « processus par lequel un syntagme ou un mot, dans un contexte donné, change de sens en faveur d’un sens essentiellement métacommunicatif, discursivo-interactionnel » (Frank-Job, 2006 : 397, notre traduction).
(4)
La notion de ‘préférence’ en AC réfère à l’organisation de l’infrastructure interactionnelle : les actions dites préférées, telles que l’acceptation d’une invitation ou la réponse à une question, tendent à être produites immédiatement, sans hésitation ou délai, alors que les actions dites dispréférées, telles que le refus d’une requête ou d’une invitation, tendent à être retardées et repoussées dans le tour par diverses préfaces qui les précèdent, voire les anticipent (Sacks 1987).
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